Newsletter n°1 2016

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Dans ce journal, nous retournons sur les bancs de l’école avec nos enfants accueillis! L’occasion de faire un tour d’horizon des pratiques intégratives scolaires, un état des lieux des législations et soutiens accordés aux enfants à besoins spécifiques mais aussi aux enfants plus vulnérables de par leur vécu. Notre édito

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DOSSIER

La Porte Ouverte a démarré un projet d’école inclusive pour l’accueil : vous en découvrirez les différentes possibilités dans notre dossier.

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Sommaire
1. Projet inclusion
2. Brève analyse critique de la situation d’intégration scolaire en FWB et l’impact sur l’accueil familial
3. Regard sur la différence : de l’exclusion à l’inclusion
4. Textes légaux changeant le regard et l’action face au handicap
5. L’école inclusive en pratique : encadrement différencié, aménagements raisonnables, intégration

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Timéo souhaitant rejoindre sa fratrie dans l’école où il est déjà connu puisqu’il y a fait ses classes maternelles, les parents d’accueil y font une demande d’intégration pour la rentrée de septembre 2015. Ils se heurtent à beaucoup de réticences.

Dans le cas particulier des enfants en accueil, les parents et les parents d’accueil doivent marquer leur accord, ce qui fait 10 ‘’parties’’ au total. Le caractère temporaire de l’accueil (un an renouvelable…ou pas) ne facilite pas la mise au point d’un projet d’inclusion scolaire. En théorie, le projet d’inclusion ne peut être refusé que si les aménagements raisonnables en fonction des besoins particuliers de l’enfant sont impossibles à atteindre. Mais même dans le cas où c’est possible, on se heurte encore à pas mal de peurs. Lire le témoignage complet ici

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Témoignage : Timéo, 8 ans, expérimente l’école inclusive.

La Porte Ouverte a rencontré les parents d’accueil de Timéo et d’Emma,  sa petite sœur. Avec en plus leurs deux enfants biologiques, leur famille est  une petite tribu pleine de vie ! Timéo a un retard intellectuel modéré et des difficultés d’expression verbale qui demandent une approche adaptée. Depuis la rentrée scolaire de septembre, il a quitté l’enseignement spécialisé et est en intégration dans une école primaire ordinaire. Ses parents nous expliquent le parcours de leur fils d’accueil, les raisons pour lesquelles ils ont choisi cette orientation.

Grandir en famille

Nous souhaitions former une famille, transmettre et éduquer. Notre souhait premier n’était pas spécialement que nos enfants soient de notre sang ou nous ressemblent. Ce fut la chose la plus difficile à faire comprendre à notre entourage.

Voici  7 ans, nous avons commencé une formation à l’accueil familial : dès la fin de la première session, nous nous sommes dit que nous nous sentions bien, au bon endroit, que tout avait du sens ici. Accueillir nos enfants fut un geste familial puis social. On ne peut pas laisser tomber des enfants ; pour chaque enfant qui s’en sort, c’est un cadeau.

Nous avons rencontré deux petits bouts  – frère et sœur – puis leur maman et enfin leur papa. Ce n’était pas facile. En accueillant des enfants, on intègre une histoire familiale, c’est assez perturbant. Ils arrivent avec un bagage léger mais le bagage psychologique, lui, prend bien sa place.

Les sourires…les rires…les jeux…les pleurs…les câlins…les histoires…les balades…les regards croisés…les complicités… Tout se met en place progressivement. On commence à avancer ensemble.

Puis on se rend compte des petites choses difficiles. L’un qui ne veut pas être langé et hurle dès qu’on le couche. L’autre qui a tendance à ne jamais être rassasié. Les nuits sont difficiles également. Je ne savais pas qu’un enfant pouvait m’enserrer aussi fort de ses bras et de ses jambes, au point de me faire mal. Et puis, on se détend, on s’apprivoise et on apprivoise les peurs de l’autre.

Les années passent et on se dit ‘’Ah, encore une année de plus. Mais pas une petite année, une année de progrès ! Par rapport aux autres enfants du même âge, ce n’est peut-être pas encore ça, mais par rapport à ses propres objectifs, c’est un sans-faute, un exploit.’’

Nous avons tendance à ne plus dire de Timéo et d’Emma qu’ils sont des enfants d’accueil, cela finit par les gêner. Ce qui marche pas mal, c’est de dire qu’ils ont deux familles, tels des enfants de parents divorcés. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais cela leur donne un sentiment d’appartenance et non d’exclusion. Entre eux et avec leurs copains, les quatre enfants parlent de ‘’mon frère’’ et ‘’ma sœur’’.

Ce qui aide également, c’est le bon contact avec les parents de naissance. Le fait qu’ils respectent notre rôle, que nous ne jugeons pas leur passé et qu’on respecte les moments de rencontre, qu’on partage les informations, qu’on se réjouit ensemble des progrès… Cela calme.

 

Grandir à l’école

Nous nous sommes entourés de personnes de confiance pour nous aider : cela va de la pédiatre à la psychologue en passant par l’ostéopathe. L’école est également un bel endroit pour dialoguer et souvent les problèmes y ressortent ; mais nous expérimentons que les enseignants ne sont malheureusement pas formés ni sensibilisés aux particularités de l’accueil. Un enfant d’accueil doit tout recevoir, sauf une étiquette. Il a besoin qu’on croit en lui ! Identifier  ses besoins spécifiques et s’y adapter, comme pour n’importe quel enfant : bien sûr ! Mais en évitant de le ‘’caser dans un tiroir’’ avec pour résultat de décourager, de démobiliser  l’enfant et  les adultes qui l’entourent. (étiquette du style ‘’Avec ce vécu-là,  il n’ira pas très loin’’).

Timéo a des difficultés à s’exprimer verbalement, un manque de confiance en lui ainsi qu’un certain retard intellectuel. A la fin des maternelles, il est entré dans l’enseignement spécialisé car le centre PMS et l’équipe enseignante nous ont affirmé que c’était la meilleure solution pour lui, qu’il se sentirait en échec dans l’enseignement ordinaire. Personne ne nous a informés d’autres options possibles, personne ne nous a parlé du décret intégration qui lui aurait permis de rester dans son école avec des aides adaptées.

Pour Timéo, concrètement, l’enseignement spécialisé a signifié : trois heures de bus spécial par jour pour s’y rendre et en revenir (comme s’il traversait la Belgique chaque jour !), de là une fatigue continuelle l’empêchant d’avoir d’autres activités après l’école ; une fratrie séparée et en souffrance de cela car les 3 autres continuaient à fréquenter leur école ordinaire dans le village proche ; l’éloignement par rapport aux amis de la maternelle et l’absence de possibilité de se faire des copains dans les environs via l’école. Pour  nous, les parents, cela a signifié une perte d’emploi car l’école spécialisée ne disposait pas d’une garderie et il fallait qu’un  des parents soit  là à son retour ; de plus, nous le véhiculions dès que possible pour alléger son temps de trajet et sa fatigue.

Assez vite, l’école spécialisée s’est plainte de comportements inadéquats (grossièreté, violence…) dans lesquels nous ne reconnaissions pas notre Timéo. Nous avons réalisé qu’il copiait sans nécessairement les comprendre les attitudes d’autres élèves : ’’Quand je fais ça, les autres rient’’ et il avait probablement alors le sentiment d’être intégré.  Il se trouvait dans une école accueillant des enfants avec un retard mental léger à modéré et l’établissement voulait l’orienter vers une école pour enfants caractériels, ce que nous refusions absolument. Par ailleurs, Timéo semblait tout le temps inquiet, se réfugiant sous son banc, allant chez la directrice quand il entendait un bruit de sirène etc. Enfin, alors que sa plus grosse difficulté était d’ordre logopédique, d’expression verbale, il n’avait pas de rééducation logopédique individuelle : cela se passait en groupe une fois par semaine.

Grosse fatigue du gamin, souffrance pour les 4 d’être séparés, comportements qui se dégradaient, école le poussant vers la sortie, difficulté principale d’apprentissage non traitée en profondeur: cela ne pouvait pas continuer ainsi! Par hasard, en mars 2015, à l’occasion d’un séminaire organisé autour du handicap, la maman d’accueil entend parler du décret intégration organisant la possibilité pour un enfant  ‘’à besoins spécifiques’’ (dyslexie,  problèmes de vue ou d’audition, autisme, handicap mental…) de fréquenter l’enseignement ordinaire tout en bénéficiant d’un soutien adapté à ses besoins particuliers.

Persuadés de l’intérêt de cette piste pour Timéo, ses parents d’accueil entreprennent  de s’informer et de prospecter. Ils cherchent en effet à inclure leurs enfants dans une vie ‘’normale’’, la plus  normale possible, et déplorent que beaucoup d’enfants, notamment des enfants d’accueil,  se retrouvent dans l’enseignement spécialisé sans  avoir eu une réelle chance de poursuivre une scolarité ordinaire. Ils découvrent les programmes d’intégration : un enfant quittant son école spécialisée pour réintégrer l’ordinaire a droit, par semaine,  à 4 heures d’aide et de soutien assurées par l’école spécialisée au sein de l’école ordinaire. C’est insuffisant pour une série d’enfants, mais c’est un début…  Les parents d’accueil font alors évaluer les besoins spécifiques de Timéo par un centre universitaire externe : en plus d’un diagnostic très précis de ses difficultés et donc de ses besoins, ce centre peut apporter un soutien concret aux parents d’accueil et à l’enseignant via des rencontres en cours d’année scolaire ; il offre aussi des heures supplémentaires de soutien en classe.

Mais les parents d’accueil de Timéo découvrent que, même dans cette situation ‘’idéale’’ où les besoins spécifiques du gamin seront identifiés de façon détaillée  et où plusieurs heures d’aide en classe seront prévues, l’intégration dans l’enseignement ordinaire ne va pas de soi. Ainsi, Timéo souhaitant rejoindre sa fratrie dans l’école où il est déjà connu puisqu’il y a fait ses classes maternelles, les parents d’accueil y font une demande d’intégration pour la rentrée de septembre 2015. Ils se heurtent à beaucoup de réticences, de questions de la part des écoles et des centres PMS : Timéo ne risque-t-il pas de se sentir mal à l’aise, en échec par rapport aux autres élèves ? Les autres parents ne vont-ils pas craindre un nivellement par le bas si on intègre un enfant avec un handicap dans la classe de leurs enfants ?

Les parents d’accueil expliquent : à travers l’intégration, ils ne visent pas à ce que Timéo obtienne à terme son CEB ; ils veulent plutôt qu’il puisse progresser à son rythme, apprendre un maximum de choses dans un environnement qui le ‘’tire vers le haut’’ tant dans ses apprentissages que dans ses relations sociales et son autonomisation. Au vu de leur (mauvaise) expérience récente, ils veulent aussi éviter qu’il se retrouve au quotidien avec uniquement des enfants présentant des troubles du comportement. Ils souhaitent enfin que la fratrie soit réunie, selon le désir exprimé par les 4 enfants.  Par ailleurs, en ce qui concerne les autres élèves de la classe, la présence de Timéo peut leur être bénéfique : le regard positif dont il bénéficiera  (se centrer sur ses compétences plutôt que sur ses incompétences) peut également profiter aux autres enfants. De plus, dans notre société multiculturelle, c’est important d’expérimenter très jeunes le respect de la différence, le dialogue, l’entraide.

Il a fallu du temps, beaucoup discuter et même envisager que les 4 enfants puissent, pour être ensemble comme ils le souhaitaient, aller dans une autre école qui accepterait le projet d’inclusion de Timéo. Un vrai parcours du combattant, donc, demandant beaucoup d’énergie et de conviction.                                                  L’école a fini par accepter de tenter cette aventure toute nouvelle pour elle ; un mois plus tard, via le journal de l’école, la direction informait les parents du projet d’intégration de Timéo de façon très positive : ‘’On parle d’une école inclusive lorsque l’école et son environnement se mettent au service d’un enfant à besoins éducatifs particuliers. Depuis la rentrée, notre école accueille en intégration Timéo, et nous voulions vous faire part de cette belle aventure. Timéo suit les cours (…) avec une aide adaptée. Il est content de retrouver ses amis, ses frères et sa sœur. (…)Le projet a pu se mettre en place car un centre pluridisciplinaire universitaire a évalué les besoins de Timéo et il bénéficie donc des aménagements adaptés à ceux-ci, qui lui permettent d’être à l’aise en classe’’.

Il faut savoir que, pour qu’un projet d’inclusion dans l’enseignement ordinaire en faveur d’un enfant à besoins spécifiques puisse se mettre en place, 8 ‘’parties’’ doivent être d’accord : les directions,  les enseignants, les centres PMS et ce, dans  les deux écoles (‘’spéciale’’ et ‘’ordinaire’’). Egalement les parents. Dans le cas particulier des enfants en accueil, les parents et les parents d’accueil doivent marquer leur accord, ce qui fait 10 ‘’parties’’ au total. Le caractère temporaire de l’accueil (un an renouvelable…ou pas) ne facilite pas la mise au point d’un projet d’inclusion scolaire. En théorie, le projet d’inclusion ne peut être refusé que si les aménagements raisonnables en fonction des besoins particuliers de l’enfant sont impossibles à atteindre. Mais même dans le cas où c’est possible, on se heurte encore à pas mal de peurs.

Timéo est donc depuis septembre intégré en 1re année dans la même école que le reste de la fratrie. Il est heureux de ce changement. Il a bien sa place parmi les autres élèves. Il n’a plus de comportements violents. Il continue à bénéficier d’un soutien psychologique pour le côté affectif. Il reçoit de l’aide en classe : 4 heures assurées par une enseignante de l’école spéciale et 8 heures supplémentaires offertes par le centre universitaire externe via des étudiant(e)s en logopédie. Il a maintenant le temps de faire ses travaux scolaires à domicile : sa maman d’accueil imagine des méthodes adaptées pour l’aider dans ses apprentissages, qu’on lui permet de faire à son rythme. Elle collabore de près avec l’instit. (ex : Timéo n’arrive pas à avoir un plumier en ordre en se rappelant ce qui manque, mais sait imiter : la maman colle une photo du plumier complet comme repère et il y arrive).Le centre universitaire qui suit Timéo participe régulièrement aux réunions d’échanges avec les parents et l’école et constitue une ressource rassurante pour des explications plus théoriques ou des conseils très concrets. (ex : Timéo apprend bien, comprend mieux de telle ou telle façon). Il  n’est plus trop fatigué pour des activités extrascolaires : il a demandé à faire du théâtre et y prend beaucoup de plaisir. Il fait aussi partie d’un mouvement de jeunesse.

Ne nous leurrons pas : ce projet demande pas mal d’énergie et de créativité à tous les adultes réunis autour de Timéo et de son ‘’projet individualisé d’apprentissage’’, pour le réajuster, trouver des méthodes adaptées…mais quelque part, celui-ci le leur rend bien, en développant leur inventivité, leur capacité d’adaptation, leur aptitude à porter sur chaque enfant un regard positif attentif à ses compétences plutôt qu’à ses manques. Ce qui profitera à tous les élèves. Et au sein de la classe, vivre avec un enfant ‘’différent’’ prépare à vivre avec les différences de chacun, qu’elles soient intellectuelles, physiques ou de mode de vie, avec un regard curieux plutôt que jugeant.

 

Nouveau projet de LPO : Ecole inclusive pour l’accueil

Sommaire
1. Projet inclusion
2. Brève analyse critique de la situation d’intégration scolaire en FWB et l’impact sur l’accueil familial
3. Regard sur la différence : de l’exclusion à l’inclusion
4. Textes légaux changeant le regard et l’action face au handicap
5. L’école inclusive en pratique : encadrement différencié, aménagements raisonnables, intégration

  1. L’encadrement différencié
  2. Les aménagements raisonnables
  3. L’intégration -A noter que les aides proposées dans le cadre de l’intégration AVIQ, Services, ASBL sont souvent dépassées par les demandes d’où la nécessité de développer des réflexions

1. Le Projet inclusion

Jusqu’à récemment, quand un enfant rencontrait des difficultés d’apprentissage, il était (trop ?) souvent orienté vers l’enseignement spécialisé. Depuis quelques années, on vise une école inclusive. C’est-à-dire que l’école ordinaire va s’adapter aux besoins spécifiques de chacun de ses élèves, de sorte que tous participent aux mêmes activités, dans les mêmes locaux, avec le soutien adéquat.

Ces aides, prévues dans notre législation belge, s’appellent ‘’aménagements raisonnables’’ et ‘’intégration’’ : elles sont un droit pour les élèves en situation de handicap et ont pour objectif de fournir à ceux-ci les adaptations matérielles et les soutiens qui leur permettront de poursuivre leur scolarité dans l’école ordinaire. Notre dossier vous les présente.

Nous avons cependant pu constater que les intégrations scolaires dans l’ordinaire ne sont pas simples à organiser : il faut réaliser un bilan avec des spécialistes, trouver une école spécialisée et une école ordinaire partantes pour le projet, élaborer le meilleur projet possible pour l’enfant en concertation et en accord avec tous… Mais pour un enfant en accueil, c’est encore plus compliqué : recherche des accords parentaux indispensables, interlocuteurs plus nombreux (SAJ, SPJ, services de placement…), enfants dont l’aptitude aux apprentissages scolaires et la capacité d’intégration peuvent être altérées par leur vécu…

Nous souhaitons donc aider concrètement nos enfants d’accueil à bénéficier de cette possibilité d’être intégrés dans une classe ordinaire moyennant un soutien adapté à leurs besoins et à leurs aptitudes. Ce projet ‘’Ecole inclusive pour l’accueil’’ vise à mettre en relation les familles d’accueil qui perçoivent un besoin spécifique d’aide chez leur enfant d’accueil et les services aptes à les aider dans l’évaluation des objectifs adaptés pour cet enfant et dans la mise en place d’un suivi en classe. Les aides prévues légalement ne sont pas toujours suffisantes (cf Timéo). Fidèles à notre volonté d’être des familles solidaires, nous avons fait appel à nos mécènes afin de vous aider à mettre en place un programme d’inclusion si vous le pensez bénéfique pour l’enfant que vous accueillez. 

Nous souhaitons également que ce projet puisse permettre à l’enfant accueilli d’avoir une équipe pluridisciplinaire qui peut le suivre et être l’interlocuteur privilégié sur la durée là où les CPMS et les équipes enseignantes doivent parfois changer (si l’enfant change d’école). En effet, dans vos nombreux témoignages, vous nous dites l’importance d’un interlocuteur ‘’fil rouge’’ stable dans le suivi de l’enfant.

N’hésitez surtout pas à nous contacter via laporteouverte.info@gmail.com                  Pour plus d’informations concernant le projet école inclusive pour l’accueil: cliquez ici

Merci à nos mécènes et à la Fondation Reine Paola pour leur aide dans la mise en place de ce projet.

 

2. Brève analyse critique de la situation d’intégration scolaire en FWB et l’impact sur l’accueil familial

Le concept d’inclusion à tous les niveaux et notamment au niveau scolaire est assez récent et est donc toujours en train de s’expérimenter et de s’évaluer. Permettre aux enfants dès leur plus jeune âge d’apprendre à vivre, à l’école, avec la diversité culturelle, sociale et avec la différence semble une bonne façon de préparer des adultes capables de tolérance, de respect, de coopération en s’appuyant sur les richesses de chacun. Il peut cependant être difficile pour un enfant d’être le seul ‘’différent’’ dans sa classe. L’essentiel est de respecter les besoins et les souhaits de la personne en situation de handicap. Il faut être conscient que la bonne intégration d’un élève différent au sein d’une classe n’est pas automatique. Réussir l’inclusion demande travail, formation, moyens adaptés, évolution des mentalités chez tous : élèves, enseignants, parents… Il importe aussi d’éviter de nier la différence pour que la personne différente ne soit pas privée des soutiens dont elle a besoin.  Et là, nous devons malheureusement constater le manque de moyens disponibles pour l’aide en classe : il existe un ‘’pot’’ d’heures d’accompagnement (actuellement 450 périodes pour l’intégration et la même chose pour les aménagements raisonnables) à partager entre tous les enfants bénéficiaires de cette aide ! Certaines procédures paraissent également contradictoires, notamment permettre l’inscription dans le spécialisé en vue d’une intégration à tout moment de l’année mais n’octroyer des subventions pour la ‘’réserve’’ d’heures d’accompagnement que pour les enfants inscrits avant le 15 janvier, ceux inscrits après n’ouvrant le droit à rien…

Par ailleurs, dans le cadre de l’accueil familial, la mise en place d’un projet d’intégration rencontre encore plus de barrières  du fait des concertations supplémentaires nécessaires car les interlocuteurs sont plus nombreux (parents, mandants, services de suivi…).

Conclusion provisoire : les aménagements raisonnables et les programmes d’intégration envoient un  message très positif en montrant une volonté de progresser vers une école inclusive : désormais, les élèves à besoins spécifiques auront le choix entre une intégration avec les aides ad hoc dans l’enseignement ordinaire et une orientation vers l’enseignement  spécialisé. A condition que les moyens suivent en termes d’aide et de formation…

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3. Regard sur la différence : de l’exclusion à l’inclusion 1

Face aux personnes différentes (âgées, handicapées, délinquantes, malades mentales…), les réactions de la société pourraient être représentées sur une ligne graduée allant de la mise à l’écart à l’inclusion, en passant par l’intégration.

La mise à l’écart correspond à une séparation des personnes différentes par rapport aux personnes ordinaires et à leur prise en charge dans des milieux spécialisés, avec un personnel spécialement formé : hôpital, maison de repos, IPPJ, enseignement spécialisé etc.

L’intégration donne aux personnes différentes la possibilité d’être intégrées dans les milieux ordinaires, moyennant une capacité d’adaptation et un effort de leur part. Des pratiques intégratives (aide par des personnes extérieures spécialisées qui se rendent dans le milieu ordinaire) viennent soutenir cette intégration ; c’est sur la personne handicapée et sur ses aides que repose l’effort principal.

L’inclusion est le droit de fréquenter les milieux ordinaires comme tout un chacun. C’est l’organisation inclusive qui fournit l’effort principal et doit se transformer pour s’adapter aux besoins particuliers de la personne. Le milieu ordinaire va effectuer certains aménagements, développer les compétences adéquates.

Par exemple,  une école ordinaire va s’adapter aux besoins spécifiques d’un enfant mal voyant, à la fois par un matériel adéquat (règle braille, loupe pour voir au tableau…) et par des pratiques pédagogiques adaptées que l’enseignant aura apprises. De plus, des spécialistes extérieurs peuvent être appelés et fournir une aide, que ce soit à l’élève (ex : heures d’accompagnement en classe) ou à l’équipe pédagogique (analyse des besoins spécifiques, conseils..).

Un jeune pédagogue berlinois, Robert AEHNELT, présente un modèle plus détaillé (5 positions possibles face à la différence) illustré par le schéma ci-dessous :

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‘’Extinktion’’ : distinction entre les vies valant la peine d’être vécues et celles qui ne le valent pas ;

‘’Exklusion’’ : séparation entre ceux qui peuvent être éduqués et ceux qui ne le peuvent pas

‘’Segregation’’ : séparation et regroupement selon les capacités et les caractéristiques ;

‘’Integration’’ : remettre ensemble ceux qui étaient séparés, mais les uns à côté des autres ;

‘’Inklusion’’ : tous sont ensemble. C’est la structure qui s’adapte aux besoins des individus.

Si on prend le cas particulier du handicap, notre société est en train d’évoluer d’une tradition de séparation (enseignement spécialisé, institutions de soins…) vers une optique inclusive (rendre possible l’accès à tout -école ordinaire, boulot, cinéma, logement…- moyennant des adaptations). Cette évolution des mentalités s’accompagne d’une évolution dans le vocabulaire : alors que dans le modèle de séparation on parle de handicapés (insistant sur la différence), le modèle d’intégration utilise le terme de personnes handicapées (insistant sur leur qualité de  personne) tandis que le modèle inclusif parle de situations de handicap (une même personne peut être en situation de handicap dans un contexte donné et pas dans un autre – on interpelle donc l’environnement, adapté ou inadapté).

Des textes légaux, tant internationaux que nationaux, balisent cette évolution vers une société plus inclusive.

4. Textes légaux changeant le regard et l’action face au handicap

Ratifiée par de nombreux pays et par la Belgique en 2009, la Convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée par l’ONU en 2006 change radicalement le regard sur le handicap. Faisant référence à la déclaration universelle des droits de l’homme, ce texte insiste sur l’égalité de dignité et de droits entre tous les êtres humains. Les personnes handicapées sont des sujets de droits (égaux à ceux des autres) plutôt que des objets d’assistance ou de charité ; elles doivent avoir les mêmes droits à participer à tous les aspects de la société (vie culturelle, éducative, sociale, économique, possibilité de donner leur avis et de participer aux décisions qui les concernent). La Convention se base sur une vision sociale plutôt que médicale du handicap : le handicap naît de la confrontation entre une personne avec une incapacité durable (physique, mentale, intellectuelle ou sensorielle) et un environnement inadapté ; c’est donc sur l’environnement qu’on va agir, en supprimant les obstacles  à leur pleine participation, en mettant en place des aménagements raisonnables (accessibilité, matériel scolaire ou professionnel adapté, travail sur les préjugés, sur les habitudes de ségrégation et de parler à leur place…). Il s’agit aussi de faire évoluer l’image du handicap en montrant les apports positifs de ces personnes handicapées pour leur milieu de vie et la société en général, notamment  par la diversité qu’elles y amènent. C’est un changement de vision qui fait voir les capacités plutôt que les manques.

La convention définit par ailleurs la discrimination : ‘’La discrimination fondée sur le handicap comprend toutes les formes de discrimination, y compris le refus d’aménagements raisonnables ; on entend par « aménagement raisonnable » les modifications et ajustements nécessaires et appropriés n’imposant pas de charge disproportionnée ou indue apportés, en fonction des besoins dans une situation donnée, pour assurer aux personnes handicapées la jouissance ou l’exercice, sur la base de l’égalité avec les autres, de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales’’.

On peut dire que la Convention vise clairement une société inclusive.

En ce qui concerne l’éducation, la Convention dit (art. 24) que les personnes handicapées ne peuvent pas être exclues du système général d’enseignement sur base de leur handicap. Elles doivent avoir accès, sans discrimination par rapport aux autres, ‘’à un enseignement primaire inclusif, de qualité et gratuit, et à l’enseignement secondaire’’ ainsi qu’à la formation continue. Des aménagements raisonnables doivent être prévus en fonction des besoins de chacun, ainsi que ‘’des mesures d’accompagnement individualisé efficaces’’. La Convention met l’accent sur la formation des professionnels.

Les Etats signataires ont dès lors à concrétiser la Convention. Chaque Etat partie doit présenter un rapport détaillé sur les mesures prises au Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU et ce, dans un délai de 2 ans, puis un rapport complémentaire au moins tous les 4 ans. Le Comité émet ensuite des recommandations. Les rapports des Etats ainsi que les commentaires du Comité sont rendus publics. De plus, un organisme indépendant doit vérifier l’évolution des choses dans le pays. En Belgique, c’est le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme qui a été désigné.

A un niveau européen, l’agence européenne pour le développement des besoins spécifiques en éducation développe une collaboration européenne pour améliorer la qualité de l’éducation pour les personnes à besoins spécifiques. Elle reçoit, traite et diffuse des informations recueillies par les pays membres sur des thèmes prioritaires et des pratiques innovantes dans le domaine de l’éducation et de la formation. Des expériences d’école inclusive se font dans différents pays de l’Union, des lois en ce sens sont votées.

En Belgique, l’Etat fédéral, les Communautés et les Régions ont élaboré en 2007 un protocole définissant ce qu’est un aménagement raisonnable. Un décret de la Communauté française de 2008 visant à lutter contre certaines formes de discrimination précise que le refus d’aménagement raisonnable en matière d’enseignement est une discrimination.

L’Awiph en région wallonne (devenue l’Aviq ou Agence pour une Vie de Qualité en 2016), le Phare dans la région bruxelloise favorisent par diverses aides et services  l’intégration des personnes en situation de handicap dans la société ordinaire.

Le décret ’’ missions’’ de la Communauté française de 1997 prévoit (art. 67) que le projet pédagogique d’un établissement scolaire doit tenir compte des besoins des élèves inscrits dans l’école et doit préciser de quelle façon il compte favoriser l’intégration d’élèves venant de l’enseignement spécialisé. Seules raisons pour lesquelles l’école ordinaire peut refuser une inscription : établissement complet, refus de souscrire au projet éducatif et pédagogique, conditions pour être élève régulier non réunies.

Le décret de la Communauté française du 3 mars 2004 (modifié régulièrement donc à consulter) organisant l’enseignement spécialisé contient des dispositions relatives à l’intégration des élèves à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire. L’intégration implique un partenariat entre une école spécialisée   et une école ordinaire où l’élève pourra être intégré totalement ou partiellement, avec des aides (détails plus loin).

La Belgique s’est fait ‘’taper sur les doigts’’ par le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU ainsi que, récemment, par le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe : chez nous, les personnes handicapées sont trop souvent renvoyées vers des circuits propres comme l’enseignement spécialisé, les entreprises de travail adapté, les institutions de soins spécialisées. On manque de services d’aide (listes d’attente), d’aménagements raisonnables dans les écoles ordinaires pour en permettre l’accès.

5. L’école inclusive en pratique : encadrement différencié, aménagements raisonnables, intégration

Inclusion d’un enfant à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire-Lecture rapide :

-L’école inclusive est celle qui s’adapte – ainsi que son environnement- aux besoins de chaque élève.

-L’inclusion dans l’enseignement ordinaire d’un enfant à besoins spécifiques est un droit s’appuyant sur des conventions et lois internationales et nationales (Convention ONU relative aux droits des personnes handicapées, législation anti-discrimination…).

-L’encadrement différencié donne davantage de moyens à certaines écoles ordinaires pour s’adapter au mieux aux besoins d’élèves présentant des difficultés variées.

-Les aménagements raisonnables sont un droit pour tout élève  en situation de handicap ; les aménagements peuvent être matériels ou immatériels (ex : aide pédagogique individuelle en classe). Il n’est pas nécessaire que l’élève soit reconnu par un organisme officiel car, dans l’esprit de la Convention ONU et de la législation anti-discrimination, le handicap naît de la confrontation entre une déficience et un environnement inadapté–) cela suffit pour chercher à adapter l’environnement aux besoins spécifiques de l’élève.

 -L’intégration (permanente partielle ou totale, temporaire partielle ou totale) implique toujours un partenariat entre une école spécialisée (du type adapté à l’enfant) et une école ordinaire ; un membre du personnel de l’école spécialisée apporte son aide dans l’établissement ordinaire par un suivi de l’élève en classe et une collaboration avec l’équipe pédagogique.

-Le pass inclusion est un outil (créé par la fédération Wallonie-Bruxelles avec la  Fondation Dyslexie) visant à faciliter la mise au point d’adaptations répondant aux besoins de l’élève tant à l’école qu’en famille, par le biais d’ un partenariat entre l’élève, ses parents, l’école, les spécialistes.

  1. L’encadrement différencié

Des établissements ordinaires reçoivent des moyens supplémentaires pour pouvoir encadrer de façon plus individualisée et adaptée des enfants/des jeunes rencontrant des difficultés variées. On parlait auparavant  d’ ‘’écoles à discrimination positive’’. Ces enfants/ces jeunes  peuvent être des primo-arrivants connaissant mal le français, des élèves en butte à des difficultés socio-économiques, familiales, intellectuelles, de relations sociales, d’estime de soi… qui affectent  leurs performances scolaires. Un décret organise cet enseignement.

  1. Les aménagements raisonnables

Les explications qui suivent se basent sur la brochure ’’A l’école de ton choix avec un handicap-les aménagements raisonnables dans l’enseignement’’ réalisée par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. Cette brochure, très claire, donne de nombreux exemples d’aménagements raisonnables. Il s’agit d’une notion juridique car se basant sur des textes légaux : on peut donc signaler gratuitement un refus d’aménagement raisonnable au Centre pour l’égalité des chances, qui aidera, si on le souhaite, à trouver des solutions avec les personnes concernées ; on peut aussi saisir le juge civil (cf p. 24 de la brochure). Notons qu’une école ne peut pas refuser une inscription sur seule base du handicap (cf p 25 de la brochure précitée).

Les aménagements raisonnables : pour qui ?

La législation prévoit que tout élève en situation de handicap a droit à des aménagements raisonnables dans l’enseignement, pour lui faciliter le cursus dans l’ordinaire. L’élève peut présenter des ‘’incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables’’ (ONU) ou encore des maladies chroniques, des troubles de l’apprentissage, de l’attention et du comportement (La législation anti-discrimination ne propose pas de définition du handicap pour pouvoir appliquer une conception large qui les inclut). Ce droit à des aménagements raisonnables existe, qu’il fréquente l’enseignement obligatoire (ordinaire et spécialisé) ou non obligatoire (supérieur, promotion sociale).

Les élèves en situation de handicap assistent aux mêmes cours que les autres, participent aux mêmes activités, dans les mêmes locaux, en recevant le soutien adapté. L’enseignement inclusif permet à certains de fréquenter l’enseignement ordinaire sans visée certificative, c’est-à-dire sans avoir pour objectif l’obtention du diplôme : on vise alors la socialisation de l’élève et son évolution selon ses compétences et son rythme. Cette inclusion s’organise bien sûr de façon concertée avec l’élève, la famille et l’équipe éducative.

Il n’est pas nécessaire que l’élève soit reconnu par une instance officielle comme l’Inami, le SPF Sécurité Sociale ou les fonds régionaux (Aviq, Phare …). En effet, le handicap est vu dans une approche sociale plus que médicale : le handicap naît de la confrontation entre une déficience et un environnement inadapté, et cela suffit pour chercher des aménagements.

Qu’est-ce qu’un aménagement raisonnable ?

Un aménagement raisonnable est une mesure concrète permettant de réduire, autant que possible, les effets négatifs d’un environnement inadapté sur la participation d’une personne à la vie en société. C’est une obligation légale (Convention ONU, législation anti-discrimination). Le but n’est pas de favoriser ces enfants, mais de compenser les désavantages liés à leur handicap et à un environnement inadapté. L’aménagement doit correspondre aux besoins spécifiques de l’élève, lui permettre de participer aux mêmes activités et d’être aussi autonome que possible, en respectant sa dignité et sa sécurité.

L’aménagement peut être matériel (ex : rampe d’accès pour une voiturette, classe restant dans le même local afin d’ éviter des déplacements pour un élève aveugle ou ayant des problèmes de mobilité, matériel adapté, utilisation de pictogrammes pour une meilleure compréhension, système vidéo permettant à un élève malade de suivre la classe à distance et même d’intervenir…) ou immatériel (ex : aide pédagogique d’une personne en classe, méthodes adaptées à la dyslexie d’un enfant…).

Ex : Nathan est aveugle. Au moment de son inscription en secondaire, la direction en a parlé au corps enseignant et une équipe de professeurs volontaires s’est rapidement constituée.  Les professeurs donnent leurs cours à l’avance à l’ASBL La Lumière, qui les traduit  en braille pour que Nathan puisse suivre le cours facilement puisqu’il ne sait pas prendre des notes au vol. Les élèves restent dans la même classe du rez-de-chaussée au lieu de changer de local selon les cours, ce qu’ils ressentent comme un avantage. Nathan a le sens de l’humour, est bien intégré et a pu participer sans problème à un voyage en Italie parce que les autres élèves lui donnent naturellement un coup de main.

L’aménagement ne peut être refusé par l’école que s’il est déraisonnable ou impossible ; à ce moment-là, ce ne sera pas une discrimination. (De même, une école ne peut pas refuser l’inscription d’un élève sur seule base de son handicap). Un aménagement raisonnable tient compte du coût, de l’impact sur l’organisation, sur les autres élèves, de la fréquence et de la durée prévue (ex : un matériel coûteux mais qui va servir souvent à un élève ou à plusieurs et pendant longtemps est considéré comme raisonnable)… C’est évalué au cas par cas.

Mise en place des aménagements raisonnables

A faire à l’avance et en concertation ! Idéalement :

l’élève ou ses parents expriment clairement ses besoins spécifiques à l’enseignant, au centre PMS ou à la direction de l’école ordinaire ;

-on organise une réunion de concertation entre tous les acteurs : l’élève, ses parents, les enseignants, la direction, le PO, le centre PMS et éventuellement les professionnels qui assistent l’élève en classe et les professionnels de la santé qui le suivent. On envisage ensemble les aménagements adéquats, en impliquant l’élève autant que possible ;

-les acteurs ont intérêt à ce que les décisions prises soient formalisées par écrit, afin que chacun sache clairement ce qu’on attend de lui ;

-les différents acteurs se réunissent périodiquement (chaque mois, chaque trimestre…) pour évaluer la pertinence des aménagements et les ajuster si nécessaire ;

-si le dialogue est difficile, il peut être intéressant de faire appel à une tierce personne (médiateur scolaire, centre PMS, Service d’Aide à l’Intégration, Centre pour l’égalité des chances…)

Les aides

Certaines aides (matérielles, de déplacement ou de suivi individuel) peuvent être obtenues auprès des régions ou communautés : Aviq en région wallonne, Phare en région bruxelloise ; des accords de coopération en matière de soutien à la scolarité pour les jeunes présentant un handicap ont été signés entre eux et la Communauté française.

A côté des heures de soutien individuel en classe par un membre de l’école spécialisée  si l’élève est en intégration (voir ‘’ 3. L’intégration’’), on peut donc demander un soutien adapté aux services d’aide précoce (0 à 8 ans) ou aux services d’aide à l’intégration (6 à 20 ans) ainsi qu’aux services d’accompagnement (à partir de 18 ans). Les aides peuvent se faire au sein de l’école ou à l’extérieur (loisirs, famille).

Certains centres ou ASBL peuvent également assurer un suivi individualisé en classe.

Un outil intéressant : le pass inclusion

Face au défi d’un enseignement inclusif, la Ministre de l’Enseignement obligatoire et de Promotion sociale M.M. Schyns, dans sa circulaire du 20.9.2013 adressée notamment aux écoles, encourage les initiatives pour changer les pratiques et les regards face à la différence. Il s’agit de renforcer les compétences professionnelles de chacun par des formations, mais aussi d’arriver à collaborer tous ensemble. D’où la mise au point, en partenariat avec la fondation dyslexie, d’un outil appelé Pass Inclusion cherchant à mettre au point une méthode de travail collégial. Le Pass inclusion peut être activé soit par les parents ou l’élève, soit par les professionnels ; il peut aboutir à des aménagements pédagogiques et familiaux. La ‘’clé de réussite’’ sera un bon partenariat aboutissant à une réponse adaptée aux besoins de chaque élève. En très résumé, on y prévoit 3 dossiers : le dossier personnel de l’élève, détenu par les parents ou l’élève majeur (vécu de l’élève, besoins spécifiques, préoccupations des parents…) ; son dossier scolaire détenu par l’école (besoins sur le plan scolaire, décisions d’aménagements matériels/pédagogiques raisonnables); son dossier pluridisciplinaire (bilans et diagnostics établis par des spécialistes, besoins spécifiques, stratégies thérapeutiques-ce dossier est détenu par les spécialistes en charge du diagnostic et du suivi thérapeutique). Le centre PMS a accès à tout, avec l’accord de l’élève ou de ses parents (et celui des spécialistes pour le dossier pluridisciplinaire). Toutes ces informations peuvent aboutir à l’établissement d’un projet individualisé d’apprentissage bien adapté à l’élève, régulièrement évalué et ajusté si nécessaire.

  1. L’intégration

Chaque élève à besoins spécifiques (dyslexique, malentendant ou malvoyant, ayant un retard intellectuel, autiste…) devrait avoir droit à la meilleure éducation possible dans un environnement scolaire répondant adéquatement à ses besoins personnels. En Belgique, pendant longtemps, nous avons répondu aux besoins de ces enfants en les scolarisant dans des écoles spécialisées, chacune accueillant l’un ou l’autre type précis de handicap. Aujourd’hui, on a le choix entre le spécialisé et l’ordinaire. La vision du handicap a évolué et la tendance n’est plus à séparer, mais à reconnaître le droit des personnes handicapées à l’inclusion dans tous les aspects de la vie sociale, donc aussi dans la scolarité, et à percevoir la richesse pour tous de ce ‘’vivre et grandir ensemble’’, divers et différents. S’adapter aux besoins de chacun demande bien sûr une très bonne formation de base de l’enseignant et une formation continue.

Concrètement, l’intégration, c’est la possibilité pour un élève à besoins spécifiques de préparer dans un établissement d’enseignement ordinaire une intégration professionnelle et/ou sociale la plus épanouie possible. Cette intégration peut être permanente totale, permanente partielle, temporaire totale ou temporaire partielle.

Intégration permanente totale (IPT): l’élève doit avoir été inscrit dans l’enseignement spécialisé au plus tard le 15 janvier de l’année scolaire précédente. Auparavant, il aura soit fréquenté l’enseignement spécialisé, soit bénéficié d’une des 3 autres formes d’intégration dans l’ordinaire décrites ci-dessous. Il sera inscrit dans l’école ordinaire (valeur 1 unité) et aura droit à des périodes d’accompagnement  dans l’école ordinaire par du personnel de l’enseignement spécialisé (4 h en primaire et en 1r et 2e degrés du secondaire, 8 h en 3e degré du secondaire). Ces périodes sont à demander à l’école spécialisée. Selon les besoins personnels de l’élève, cette personne pourra être un(e) enseignant(e), un(e) éducateur(trice), un(e) logopède, un(e) paramédical(e)… Elle restera sous l’autorité de l’école spécialisée et collaborera avec l’école ordinaire. L’intégration permanente totale est la seule qui garantisse un nombre défini de périodes d’heures en classe ; au moment où on envisage en conseil de classe la prolongation de l’intégration pour l’année suivante, c’est probablement la formule la plus intéressante si notre enfant a besoin d’accompagnement au sein de la classe.

Ex : la situation de Timéo, décrite dans le témoignage.

Intégration permanente partielle (IPP) : l’élève est inscrit administrativement dans l’enseignement spécialisé et doit fréquenter en partie celui-ci et en partie l’enseignement ordinaire, et ce pendant toute l’année scolaire. Il pourra bénéficier d’un soutien de l’école spécialisée, qui puisera dans son ‘’quota’’ d’heures (subventions versées en fonction du nombre d’élèves inscrits au 15 janvier ; les élèves inscrits après cette date n’y donnent pas droit). Le nombre d’heures d’aide n’est donc pas sûr comme dans l’IPT…

Intégration temporaire totale (ITT) : l’élève est inscrit  dans l’enseignement spécialisé mais n’est pas obligé de le fréquenter physiquement. Il suit tous les cours dans l’enseignement ordinaire pour une ou des périodes déterminées d’une année scolaire. Il pourra bénéficier d’un soutien de l’école spécialisée dans le cadre de cette ITT, mais ces heures seront puisées dans le ‘’quota’’ disponible (cf + haut), donc le nombre d’heures d’aide n’est pas sûr…

Ex : Un enfant diagnostiqué dysphasique est inscrit dans une école spécialisée de type 7 (problèmes de communication) mais suit tous les cours dans l’ordinaire, avec un soutien au sein de la classe assuré par une personne de l’école spécialisée dans le cadre du projet d’ITT. L’an prochain, le conseil de classe pourrait proposer une IPT, ce qui lui garantirait 4 heures d’aide en classe puisqu’il aurait été inscrit dans le spécialisé au 15 janvier de l’année précédente, donnant droit ainsi au subside.

Intégration temporaire partielle (ITP) : l’élève est inscrit dans l’enseignement spécialisé et doit fréquenter en partie celui-ci et en partie l’enseignement ordinaire, et ce pendant une ou des périodes déterminées d’une année scolaire. Il pourra avoir des heures d’aide de l’école spécialisée puisées dans le ‘’quota’’ disponible… donc le nombre d’heures sera incertain.

Ex : L’école ordinaire d’un enfant de 5 ans avec un retard intellectuel souhaite collaborer avec une école spécialisée pour bénéficier d’un soutien dans le cadre d’un projet d’intégration. Elle pourra, via l’inscription dans une école spécialisée, organiser une intégration temporaire partielle ou totale.

Comment inscrire administrativement son enfant dans l’enseignement spécialisé ?

A la demande des parents, un examen pluridisciplinaire est réalisé par un centre PMS ou un organisme agréé (types 1, 2, 3, 4, 8) ou un examen médical par un médecin spécialisé (types 5, 6 et 7). L’inscription est subordonnée à la production d’une attestation qui doit préciser quel type d’enseignement spécialisé convient à cet élève. L’inscription peut se faire à n’importe quel moment de l’année scolaire. Le partenariat école ordinaire-école spécialisée doit se mettre en place avec le type d’enseignement spécialisé correspondant aux besoins spécifiques de l’élève ; des dérogations sont possibles si, par exemple, il n’y a pas d’école spécialisée du type adéquat à une distance raisonnable de l’école ordinaire.

Quelles sont les étapes de la procédure d’intégration ?

La proposition doit être faite auprès de l’école par au moins l’un des intervenants suivants : les parents, la personne responsable de l’enfant ou le jeune s’il est majeur ; l’équipe éducative de l’école ordinaire ou spécialisée ; le PMS.

Il faut l’accord de tous au projet d’intégration : les parents (ou le jeune majeur), les 2 directions d’école (ordinaire et spécialisée) , les 2 centres PMS.

Un protocole d’intégration écrit est établi par les 2 équipes éducatives (spécial et ordinaire), aidées par l’organisme qui assure la guidance de l’élève. Il contient :                                                                                                            – le projet d’intégration (synthèse du dossier de l’élève, objectifs visés, équipement spécifique, dispenses éventuelles de certains cours, dispositif de liaison entre les 2 écoles) ;

-les modalités d’accompagnement et le choix du personnel ;

– l’accord des 2 centres PMS, des 2 directions, des parents, de la personne responsable ou du jeune majeur.

Il y aura ensuite régulièrement des évaluations et réajustements tout au long de l’intégration, pour garantir le respect des droits de l’élève intégré mais aussi des autres. Le maître-mot pour une intégration réussie est bien sûr un partenariat respectueux entre tous.

Quels sont les services d’aide pouvant intervenir au sein de l’école ordinaire ?

Pour de nombreux enfants, 4 heures d’intégration ne suffiront pas. On peut faire appel en plus :

– aux services d’aide précoce (0 à 8 ans) ;                                                                                         aux services d’aide à l’intégration (6 à 20 ans) ;

– aux services d’accompagnement (à partir de 18 ans) ;

– à l’Aviq en région wallonne ou au Phare en région bruxelloise pour des aides en termes d’accompagnement en classe, en famille ou dans des loisirs, pour du matériel adapté etc

– à des ASBL ou centres proposant des accompagnements en classe.

Quand prend fin un projet d’intégration ?

Pour l’intégration permanente totale : à la fin de chaque année scolaire, chacune des parties ayant signé l’accord peut demander la fin de l’intégration et le retour de l’élève à temps plein dans l’enseignement spécialisé. En cours d’année pour des raisons graves, si c’est dans l’intérêt de l’élève et que tous les partenaires sont d’accord.

Pour l’intégration permanente partielle et pour les intégrations temporaires : à la fin de chaque période d’intégration. En cours d’année exceptionnellement, si c’est l’intérêt de l’élève et que tous les partenaires sont d’accord.

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1 Sources (toutes disponibles sur l’Internet) :

Convention des droits de la personne handicapée Onu 2006

L’inclusion de la personne handicapée en région de Bruxelles-Capitale                                                            

A l’école de ton choix avec un handicap-Les aménagements raisonnables dans l’enseignement par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme

Décret sur l’enseignement spécialisé du 3 mars 2004 ( revu régulièrement donc à consulter)                

Pass Inclusion-Un droit activable pour chaque apprenant sur le site de l’enseignement

Pass Inclusion-Le droit des élèves à besoins spécifiques d’être accompagnés collégialement  idem

Circulaire n° 4571 du 20.09.2013 concernant la brochure du Centre pour l’Egalité des Chances relative aux aménagements raisonnables

 

Editorial -Trimestriel avril 2016

Dans ce journal, nous retournons sur les bancs de l’école avec nos enfants accueillis!

L’occasion de faire un tour d’horizon des pratiques intégratives scolaires, un état des lieux des législations et soutiens accordés aux enfants à besoins spécifiques mais aussi aux enfants plus vulnérables de par leur vécu.
Lorsque les statistiques existent, comme au Royaume- Uni, on parle de 40% d’enfants du système de protection de l’aide à la jeunesse scolarisés en enseignement   spécialisé (plus d’informations Rees Centre education) . La Belgique ne dispose pas de ces chiffres. On ne peut donc que présupposer que nos enfants ne sont pas épargnés vu les proportions importantes que recouvrent les statistiques de l’enseignement spécialisé en Belgique.

La Porte Ouverte a démarré un projet d’école inclusive pour l’accueil : vous en découvrirez les différentes possibilités dans notre dossier. N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations, échanger vos expériences et partager les bonnes pratiques ! Nous souhaitons avant tout que les enfants d’accueil reçoivent l’attention qu’ils méritent au niveau scolaire, un tremplin important pour leur vie future, parfois hypothéqué par ce que l’on appelle des ‘’accidents de parcours’’ mais qui pourraient souvent être ‘‘amortis’’si l’on réfléchissait ensemble à des solutions plus intégrées entre familles-école-services. C’est cette dynamique que nous entendons renforcer autour de l’enfant accueilli. Vous le lirez dans le témoignage de Timéo. Il faut prendre des précautions et bien s’entourer pour sécuriser le parcours scolaire d’un enfant accueilli qui a besoin de temps, de référents stables et de tout l’espoir autour de lui. Ce message est également un appel au monde politique : on ne peut préparer un pacte d’Excellence de l’Enseignement sans inclure l’aide à la jeunesse, le handicap et les disciplines intégrées. Sinon le but initial de réduire les inégalités est perdu en cours de mise en œuvre.
Dans son dernier rapport 2015, le Défenseur français des droits de l’enfant décrit le mécanisme de discrimination dont les enfants placés sont parfois victimes dans notre système :« Des enfants doublement vulnérables, qui devraient en toute logique bénéficier d’une double attention et d’une double protection, mais qui vont paradoxalement, parce qu’ils se trouvent à l’intersection de politiques publiques distinctes, être les victimes de l’incapacité à dépasser les cloisonnements institutionnels, l’empilement des dispositifs et la multiplicité des acteurs, ainsi que les différences de cultures professionnelles, notamment autour de la place des parents et du travail avec les familles ; courant, de fait, le risque que se neutralisent les interventions conduites auprès d’eux. » voir le rapport complet Handicap et placement.
Les enfants d’accueil sont les victimes de cette discrimination implicite. Beaucoup d’enfants accueillis ou placés restent en marge. Manque de moyens, de coordination ? Pour un enfant d’accueil , il faudra certes faire plus d’efforts de concertation et de réflexion pour comprendre toutes les dimensions de ses besoins spécifiques dont celles liées à ses traumatismes. Pourtant, il suffit parfois d’un bon bilan fonctionnel, de plusieurs services qui décident de s’accorder autour d’un projet que l’on pensait ‘déraisonnable’ et qui tout à coup devient envisageable parce qu’il concerne un enfant et que l’on a (enfin) cerné ses besoins. Si votre enfant d’accueil est victime de discrimination au niveau des aménagements spécifiques vous pouvez contacter le centre d’égalité des chances, un dossier a été ouvert. Unia-ex centre égalité des chances.
Pour clore cet éditorial, nous souhaitons partager avec vous la joie de souffler nos 20 bougies. 20 ans de projets, d’échanges, de formations, de volonté de changement, de découragement parfois mais de soutien toujours grandissant entre générations et une volonté de continuer à unir nos forces autour de nos familles solidaires et de nos enfants accueillis qui font que le bonheur n’est jamais loin.
Nous vous invitons à venir participer à notre journée festive annuelle le dimanche 24.04.2016.

Et, pourquoi pas ? Imaginer ensemble les 20 prochaines années de l’accueil familial ?

 

Sources mentionnées en hyperliens:
1 http://reescentre.education.ox.ac.uk/wordpress/wp-content/uploads/2015/11/EducationalProgressLookedAfterChildrenOverviewReport_Nov2015.pdf
2. http://www.defenseurdesdroits.fr/fr/presse/communiques-de-presse/rapport-annuel-2015-consacre-aux-droits-de-lenfant-handicap-et
Rapport complet : http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/rae_2015_accessible.pdf
3. Si votre enfant d’accueil est victime de discrimination au niveau des aménagements spécifiques vous pouvez contacter le centre d’égalité des chances, un dossier a été ouvert. http://www.unia.be