Attentes des familles d’accueil envers leurs services de placement familial

Un nouvel arrêté définissant les missions des Services d’Intervention et d’Accompagnement en Accueil Familial (futur nom des services de placement familial) devait entrer en vigueur au 1r janvier 2016. Il  a été postposé au 01.01.2018 en raison de la proposition fin 2015, par le Ministre de l’Aide à la Jeunesse Rachid Madrane, d’un avant-projet de Code de la prévention, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la Jeunesse appelé à remplacer le décret du 4 mars 91 (avant-projet présenté dans notre trimestriel n°74 du 4e trimestre 15).

Du coup, cela donne le temps de réfléchir ensemble au nouvel arrêté ! Le STAF (Section Thématique relative à l’Accueil Familial au sein du Conseil Communautaire de l’Aide à la Jeunesse) invite en septembre des personnes concernées de différents horizons (professionnels, familles d’origine et d’accueil, associations…) à se rencontrer et à exprimer ‘’leurs avis et leurs propositions par rapport aux différentes missions des services de placement familial. L’objectif est de croiser les points de vue en cherchant à améliorer les pratiques dans l’intérêt des enfants, des jeunes et des familles’’. La Porte Ouverte y sera. Cette réflexion en vue d’une réforme de l’arrêté est souhaitée par le Cabinet Madrane.

Une très belle initiative, à laquelle il manque cependant le point de vue des jeunes eux-mêmes. Pourquoi ne pas solliciter l’avis direct de jeunes accueillis, dont le point de vue n’est jusqu’ici présenté que par  l’intermédiaire d’adultes qui parlent en leur nom ?

Vous pouvez consulter sur le site de La Porte Ouverte www.laporteouverte.eu le texte, actuellement soumis à la réflexion,  de l’’Arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif aux conditions particulières d’agrément et d’octroi des subventions pour les services d’intervention et d’accompagnement en accueil familial’’ du 08.05.2014.

En tant qu’association de familles d’accueil, La Porte Ouverte va tenter, dans cet article, de présenter les attentes des familles d’accueil telles qu’elles apparaissent lors de rencontres entre familles d’accueil ou de contacts de celles-ci avec notre cellule ‘’Ecoute’’. Pour rappel, l’accueil familial concerne 3500 jeunes environ en FWB, soit la moitié des placements ; les ¾ des familles d’accueil font partie du réseau de l’enfant, les autres ont été sélectionnées.

Le lien affectif comme moyen d’aide – Un esprit de coparentalité

L’art. 1r de l’arrêté définit l’accueil familial comme un ‘’dispositif d’accueil bénévole d’un jeune par un particulier’’ (soit le parent d’accueil soit le parrain dans le cadre d’un parrainage) ;  ‘’cet accueil vise la construction d’un lien affectif entre le particulier et le jeune avec pour objectif le développement harmonieux et l’épanouissement du jeune, tout en respectant la place de ses parents ou autres titulaires de l’autorité parentale (…)’’.

Il nous semble que les bases sont d’emblée bien posées : le texte reconnaît l’importance de la construction d’un lien affectif entre la personne accueillante et l’enfant pour favoriser son évolution positive, tout en insistant sur le respect de la place des parents.

Cette définition de l’accueil familial permet de faire exister ensemble le lien affectif avec le parent d’accueil et le respect des parents, autrement dit, un esprit de coparentalité qui ne peut qu’être bénéfique pour l’enfant et réduire les conflits de loyauté parce que chacun aura sa place (concrète et/ou symbolique) dans sa vie.

D’autre part, il nous semble que cette définition marque une évolution positive dans la perception de l’accueil familial. Dans le décret du 4 mars 91, le parent d’accueil était défini comme ‘’la personne à qui est confiée la garde du jeune (…)’’ (art. 1, 5°). Dans la modification apportée par le décret du 29.11.2012, le parent d’accueil est ‘’la personne qui assume volontairement, dans le cadre d’une mesure spécialisée, l’hébergement d’un enfant pour lequel elle ne dispose pas de l’autorité parentale’’ (art. 1, 5°). Le texte de l’arrêté du 08.05.14  va plus en profondeur en cherchant à cerner la spécificité de l’accueil familial : il vise à construire un lien affectif qui va favoriser le bon développement et l’épanouissement du jeune, via  un hébergement à temps plein ou via un parrainage ‘’de nature à lui apporter des ressources nouvelles et soutenantes pour son évolution’’ (art. 1, 4°). Ce texte part clairement des besoins et de l’intérêt du jeune au lieu de se limiter à décrire une situation de fait (garde ou hébergement). L’avant-projet de Code proposé par le Ministre Madrane partage la même vision de l’accueil familial car il reprend ces deux dernières définitions (cf art. 2, 4° du Code et son commentaire).

On ne peut que s’en réjouir car c’est la réalité quotidienne de toute famille d’accueil de constater que la bonne évolution d’un enfant passe par la création patiente d’une relation de confiance et d’affection, d’un sentiment de sécurité intérieure. L’accueil familial est bien plus qu’un hébergement : pour un enfant blessé par la vie et fragilisé, c’est la (re)construction, autant que possible, des bases de confiance en soi, en l’autre, dans le monde qui l’entoure, dans l’avenir, à travers toutes les petites expériences du quotidien.

Les théories de l’attachement ainsi que les conditions de la résilience (notamment pouvoir compter sur des personnes qui deviendront nos nouveaux ‘’tuteurs de développement’’ quand notre monde explose) sont venues confirmer toute l’importance des liens affectifs pour permettre à un enfant de se construire et/ou de se réparer.

Les missions des futurs SIAAF   

Les missions des futurs Services d’Intervention et d’Accompagnement en Accueil Familial, telles que reprises dans l’arrêté du 8 mai 14, sont :

  • promouvoir l’accueil familial ;
  • organiser l’information, la sélection et le recrutement des candidats ;
  • évaluer l’adéquation entre le projet de vie du jeune élaboré par ses parents et l’autorité mandante et le projet de vie du parent d’accueil sélectionné ou du parrain ;
  • organiser l’hébergement par un parent d’accueil, assurer l’encadrement pédagogique et social ;
  • la gestion administrative et financière des subventions et frais spéciaux ;
  • l’accompagnement individualisé du jeune dans son projet de vie et son histoire ;
  • soutenir les parents dans l’exercice de leur parentalité et travailler au maintien des relations personnelles entre le jeune et sa famille (parents, frères et sœurs) sauf si l’autorité mandante l’estime impossible ou contraire à l’intérêt du jeune ;
  • préparer et accompagner le retour du jeune dans son milieu de vie d’origine ou mettre en œuvre toute autre solution rencontrant son intérêt ;
  • organiser la mission de parrainage si c’est prévu dans le projet pédagogique du service.

Le service ‘’veille à apporter aux accueillants les informations nécessaires et utiles à l’accueil du jeune et à la compréhension de sa situation’’ (art. 3 § 3)

Dans le suivi des situations individuelles, le service travaille sur mandat (un mandat par jeune) qui précise ‘’la nature de l’aide à apporter, les objectifs à poursuivre, les motifs de la mission confiée au service et sa durée’’ (art. 5 § 1).

Nous n’allons pas commenter chaque mission, mais plutôt reprendre les attentes que nous entendons lors de nos contacts avec les familles d’accueil effectives ou candidates.

Attentes exprimées par des familles d’accueil

Créer un cadre global favorable à la promotion de l’accueil familial

Nous avons contacté un service pour devenir famille d’accueil, mais nous travaillons tous les deux : pourrons-nous avoir un congé parental pour prendre le temps d’accueillir l’enfant et aussi de réorganiser la famille, parce que nous avons déjà deux enfants ?

Cette question nous est posée assez régulièrement. A La Porte Ouverte, nous pensons que la promotion de l’accueil familial doit s’inscrire dans un cadre plus large visant à faciliter la vie quotidienne des familles d’accueil. Comment recruter de nombreux candidats (car beaucoup d’enfants en attente) tout en leur expliquant :

  • qu’ils n’auront pas droit à un congé parental (sauf chez certains employeurs publics) et devront donc jongler avec leurs congés annuels pour les rencontres préalables et les premiers temps de l’accueil ;
  • qu’ils devront demander et attendre des autorisations en cas de délogement de l’enfant chez un ami, de voyage à l’étranger, de classes vertes, d’opération non urgente…
  • que, la compétence des autorités mandantes étant liée au domicile des parents, quand ceux-ci déménagent, le dossier change de mains également…et la façon de traiter la situation peut totalement changer…Donc aucune garantie de cohérence et de stabilité ;
  • que leur impact sur les décisions prises pour l’enfant est peu clair : même si des recours sont prévus (sauf à Bruxelles) en cas de désaccord avec le conseiller SAJ ou le directeur du SPJ, des FA (membres de la famille élargie et non encadrées) nous expliquent qu’elles ne se sentent pas écoutées par les autorités mandantes, que des décisions à leur avis contraires à l’intérêt de l’enfant leur sont imposées sans qu’elles osent ou puissent réagir1 ;
  • qu’une famille d’accueil sur deux seulement peut bénéficier du suivi d’un service de placement familial par manque de subsides permettant d’engager plus de personnel ;
  • qu’il n’y a pas d’aides structurelles permettant un répit (par exemple stages de vacances logeants, aide ponctuelle à la garde d’enfants…), ces solutions doivent être recherchées et financées par la famille ; les trajets (visites familiales, réunions, rééducations…) peuvent aussi devenir une lourde charge si la famille d’accueil doit tout assumer seule.

Ces différents aspects de l’accueil ne dépendent pas des services de placement familial, mais ont, comme on le voit, une forte incidence sur leurs possibilités de promouvoir l’accueil et devraient donc trouver en amont des solutions axées sur l’intérêt prioritaire de l’enfant.

1 Dans la recherche publiée en 2011 A la rencontre des familles d’accueil :profils, vécus, attentes , 92 % des FA encadrées et 73 % des FA non encadrées répondent souhaiter ‘’une assise légale leur reconnaissant certains droits’’ en invoquant (pp. 75 et 115) des raisons qui se rejoignent : une reconnaissance, une certaine stabilité, plus de liberté dans les décisions quotidiennes, le droit d’intervenir dans les décisions à prendre pour l’enfant, une meilleure écoute auprès des autorités mandantes, une simplification des démarches administratives, un statut officiel donnant accès à certains droits (congés, aides supplémentaires)….

Droit au suivi d’un service spécialisé (SIAAF) pour toutes les familles d’accueil.

Vu le manque de subsides, la moitié des familles ne peuvent pas bénéficier du suivi d’un service. Actuellement, ce sont surtout les familles ‘’reprises de guidance’’ qui sont laissées sans autre accompagnement que celui du délégué SAJ ou SPJ (dont la disponibilité est limitée par son nombre important de dossiers). Plusieurs familles d’accueil appartenant à la famille élargie ont contacté tout récemment La Porte Ouverte parce qu’elles n’arrivaient pas à obtenir l’aide d’un service de placement :

  • comme tiers médiateur entre la famille et la famille d’accueil, entre les parents et le jeune, afin que les désirs des uns et des autres soient entendus et qu’une solution satisfaisante soit recherchée, en vue de pacifier la situation ;
  • comme professionnel pouvant poser un cadre en précisant les rôles respectifs des parents d’accueil et des parents, leur liberté de manœuvre, les contacts avec l’enfant ;
  • comme aide à la réflexion pour les parents d’accueil dans l’éducation de l’enfant, la gestion de certains comportements, la réponse à ses questions, etc.

Dans la recherche de 2011 précitée, de nombreuses familles d’accueil non encadrées ‘’insistent sur le manque de soutien et l’absence de suivi’’ et ‘’expriment leur souhait de recevoir plus d’aide’’ (p. 113). Alors que les familles d’accueil encadrées expriment majoritairement (73 % chez les sélectionnées et 66 % chez les reprises de guidance) leur satisfaction de l’aide apportée à tous niveaux par le service de placement. Les parents d’origine rencontrés par les chercheurs expriment aussi se sentir écoutés et aidés par les services de placement, et livrés à eux-mêmes quand il n’y en a pas (pp 125 et 127), alors qu’ils sont demandeurs de différents soutiens (p. 127).

Puisque cette aide est majoritairement appréciée et bénéfique pour les deux familles, nous souhaitons que toutes les familles d’accueil (pas seulement les sélectionnées) et tous les jeunes qui le souhaitent puissent y avoir accès. Afin que l’enfant grandisse dans des conditions d’égalité des chances, comme le veut le décret, et que ses deux familles reçoivent l’aide dont elles ont besoin pour agir au mieux et si possible collaborer dans son intérêt.

Cet accompagnement devrait perdurer tout au long de l’accueil, avec une intensité variable selon les nécessités. D’une part parce qu’en cas de crises (prévisibles vu l’histoire douloureuse de ces enfants et les situations parentales compliquées), il est préférable que ce soit un service connaissant bien tant l’enfant que la famille d’accueil et la famille et ayant leur confiance qui intervienne et recherche avec tous des pistes de solution. D’autre part parce que le service symboliserait un ‘’fil rouge’’ qui assurerait une continuité de vie à l’enfant en reliant le moment de la séparation (et ses raisons), la période de l’accueil et la transition vers l’après-accueil. Enfin parce qu’il faut être cohérent : on ne peut pas affirmer que tout placement doit être exceptionnel et cesser dès que les circonstances ne le justifient plus, tout en laissant les parents se débrouiller sans aide alors qu’on sait que leurs problèmes sont multiples et sérieux, que des essais de soutien à la parentalité ont échoué avant qu’on n’en arrive à une séparation et à un placement. Comment, sans soutien, espérer un changement suffisant pour un retour en famille en sécurité ?  Comment la famille d’accueil pourrait-elle accepter sans inquiétude d’aller dans le sens de contacts plus fréquents ou d’un retour en sachant que les parents n’ont pas d’aide pour travailler les problèmes à l’origine du placement et qu’ils n’auront pas d’accompagnement non plus après un éventuel retour de l’enfant ?

Nécessité d’une information claire avant l’accueil

Une maman candidate à l’accueil nous contacte sur conseil de son service de placement : elle se demande si tous les enfants en accueil sont susceptibles de rencontrer des difficultés importantes et si ces problèmes peuvent entraîner un déséquilibre dans la famille d’accueil. Elle est très désireuse d’apporter de l’aide à un enfant qui en a besoin, mais ne veut pas compromettre l’équilibre de son fils et de son couple.

Les parents d’accueil de Clara, 13 mois, ont eux-mêmes trois enfants. La déléguée du SAJ leur a expliqué que sa tante, hospitalisée et très malade, ne pouvait plus continuer à la prendre en charge. Mais elle ne leur a pas dit de quelle maladie (contagieuse) il s’agissait, si bien que c’est après son entrée dans la famille que le pédiatre, inquiet de l’état de Clara, a souhaité vérifier qu’elle n’avait pas contracté cette maladie. La famille d’accueil estime que ce silence a mis en danger la santé de Clara et celle des trois autres enfants.

L’état de santé tant physique que psychologique et les besoins de l’enfant accueilli doivent être clairement expliqués aux futurs parents d’accueil, de sorte qu’ils puissent réfléchir à leur propre capacité à prendre en charge cette problématique, et si oui, prendre les précautions nécessaires par rapport aux autres membres de la famille et prévoir le suivi spécialisé éventuel. Découvrir la réalité après l’arrivée de l’enfant met en péril la confiance dans les professionnels et la qualité de la collaboration qui va s’instaurer. Il ne s’agit bien sûr pas de choisir un enfant ‘’à la carte’’, mais d’évaluer nos capacités personnelles et celles de nos enfants à soutenir un jeune ayant tel ou tel besoin, présentant telle ou telle difficulté. Chacun de nous a ses dons particuliers et sera plus à l’aise, aura davantage d’outils pour aider selon la situation. Il est important d’en tenir compte car l’intérêt d’un enfant accueilli, c’est d’entrer dans une famille bien préparée et sereine !

Les termes du texte actuel ‘’apporter aux accueillants les informations nécessaires et utiles’’ laissent une grande place à l’interprétation du service. Il serait utile d’être plus précis, en ajoutant par exemple, ‘’notamment en matière de santé, de vécu familial et scolaire’’.  Il serait également nécessaire, pour les parents comme pour les parents d’accueil, de connaître les motivations du placement et ce qu’on attend d’eux, ainsi que les bénéfices escomptés de l’accueil pour l’enfant, les objectifs à viser.

La préparation à l’accueil peut inclure le contact avec des FA en activité pour que les candidats puissent leur poser toutes leurs questions, aussi bien générales que très pratiques ou ‘’inavouables’’, et qu’ils puissent bénéficier de leur expérience de terrain.

Tendre vers une coparentalité si possible – Soutenir les parents

Olivia, 12 mois,  a été confiée à sa famille d’accueil très vite, sans qu’on ait pu joindre ses parents et savoir ce qu’ils pensaient de cette solution. Quand la maman d’accueil a enfin vu la maman, discrète mais attentive à sa fille, elle n’a pas compris les raisons du retrait d’Olivia et s’est sentie mal, se demandant si l’accueil était une bonne chose pour la petite.

C’est important que les professionnels essayent dès avant l’accueil de rencontrer les parents, de connaître leur situation et leur point de vue : sinon, le fantasme de vol d’enfant peut exister tant dans la tête des parents que dans celle des parents d’accueil. Tandis que, quand ils peuvent chacun exprimer leurs craintes et désirs par rapport à un accueil familial, quand les professionnels peuvent mettre des mots sur les raisons de la séparation et le bénéfice attendu pour l’enfant de la mesure d’accueil , alors l’intérêt de l’enfant est remis au centre, le sentiment de culpabilité diminue chez les deux familles et elles peuvent, avec l’aide des professionnels, tenter de se fixer des objectifs pour l’accueil, voir si le projet est à court ou plus long terme, organiser les contacts. Des détails tout simples peuvent favoriser une coparentalité : proposer aux parents de leur donner des nouvelles, leur demander ce que l’enfant aime manger, ses habitudes de sommeil ou de jeux…Ils sentent alors qu’ils peuvent contribuer au bien-être de leur enfant, apporter des informations utiles.

Une condition essentielle pour construire la coparentalité est la clarté du projet pour l’enfant (quoi, pour combien de temps, dans quel objectif) et la clarification des rôles des parents et des parents d’accueil (qui fait quoi ; qui décide quoi ; où, comment et à quelle fréquence auront lieu les contacts parents-enfant..). Cela en étant attentif à ce que les personnes peuvent réellement assumer pour ne pas les mettre d’avance en échec en leur laissant prendre des engagements intenables. Les parents peuvent avoir envie de prendre un engagement trop lourd pour montrer qu’ils sont de bons parents et pour défendre leur place. Les familles d’accueil peuvent aussi vouloir en faire tellement pour l’enfant en difficulté qu’elles n’ont plus assez de disponibilité pour leur vie de couple ou leurs autres enfants. Si les adultes arrivent à être clairs et fiables dans le ‘’partage’’ de la fonction parentale, l’enfant parviendra à mieux vivre sa situation entre deux familles. C’est le rôle du mandant de fixer le cadre général. Des deuils seront à faire : certains parents resteront absents de la vie de leur enfant, pour un temps ou à long terme, pour différentes raisons.

Les points sur lesquels parents et parents d’accueil s’accordent dans l’intérêt de l’enfant pourraient être inscrits dans un ‘’contrat’’ devant le mandant. Ce document (réactualisable) servirait de référence et montrerait aussi à l’enfant que les adultes essayent de s’accorder sur l’essentiel le concernant.

C’est la maman de Brenda qui a expliqué à sa fille de 6 ans qu’elle resterait sa maman, qu’elles continueraient à se voir régulièrement, mais qu’elle allait vivre en famille d’accueil plutôt qu’en institution, que ce serait mieux pour elle. C’était important pour elle de l’annoncer elle-même, d’avoir le sentiment de garder la maîtrise des événements, de penser qu’elle offrait à sa fille de meilleures chances en lui permettant de quitter le home. Cela n’a pas empêché des conflits par après à propos de la coupe des cheveux ou d’autres points pratiques, mais sur l’essentiel  (rythme et lieu des visites, projet scolaire…), famille d’accueil et maman étaient d’accord. Le service de placement a souvent servi de zone-tampon, pour aider la famille d’accueil à supporter les ‘’attaques’’ de la maman, pour aider la famille d’accueil, avant le placement (pour entendre leur vision de l’accueil, leurs attentes et craintes, amener des infos…) et tout au long de l’accueil. Un enfant se construit aussi dans le contact avec sa fratrie et celle-ci joue un rôle important, parallèlement à celui des parents d’accueil. D’autre part, le but de l’accueil n’est pas d’aider un enfant au détriment d’autres enfants, mais de leur permettre de bien grandir ensemble, et pour cela,  de développer leurs capacités d’empathie, de respect des différences, de négociation etc. Il a été dur pour nous, parents d’accueil, d’entendre certains de nos enfants nous expliquer à quel point ils ont fait passer à l’arrière-plan leurs propres besoins de temps et d’attention parce qu’ils sentaient que l’enfant accueilli avait tellement de souffrance. Depuis, nous sommes très attentifs à cet aspect et nous souhaitons que les professionnels le soient aussi.

Conclusions

L’arrêté du 8 mai 14 affine son approche de l’accueil familial en parlant de construction d’un lien affectif visant au bon développement du jeune. Le terme placement disparaît dans la dénomination des services : on ne place pas un enfant (comme on placerait un objet), on accompagne une situation d’accueil.

Par rapport à l’arrêté du 15.3.99, il élargit les missions des services en y ajoutant la promotion de l’accueil familial au sein de leur zone territoriale et en leur donnant la possibilité d’organiser et d’encadrer des parrainages. Il est aussi fait explicitement référence aux reprises de guidance (art. 3, 4°). Ces missions se faisaient déjà le plus souvent, mais elles seront maintenant obligatoires. Les moyens humains et financiers devraient être revus à la hausse, sinon quelle cohérence d’exiger des tâches sans en donner les moyens ? Les services peuvent choisir d’assurer un ou plusieurs types d’encadrement (urgence, court terme, moyen terme).

Sur base de nos contacts avec les famille d’accueil encadrées ou non, nous voulons attirer l’attention sur :

  • le droit à l’accompagnement par un SIAAF pour toutes les familles d’accueil et les jeunes qui le souhaitent (égalité des chances), en ajoutant que les parents eux-mêmes se sentent aidés quand il y a un service de placement familial ; le SIAAJ devrait suivre l’enfant pendant toute la durée de l’accueil (‘’fil rouge’’ de son histoire personnelle et familiale, de son projet de vie) avec une intensité adaptée selon la situation ;
  • l’écoute de l’enfant accueilli et des enfants de la famille d’accueil ;
  • la recherche d’une coparentalité (convention, participation, clarté et respect des rôles de la famille d’accueil et de la famille) sauf si l’intérêt de l’enfant s’y oppose ou si c’est impossible de fait ;
  • tout un travail en amont des services pour améliorer le cadre général de l’accueil (congé parental, limiter la ‘’valse’’ des dossiers, soutiens divers…) et encourager les candidatures.

 

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