Les familles d’accueil : réalités et volontés inclusives

Par Maud Stiernet Maman d’accueil et Présidente de La Porte Ouverte

Le Journal du Droit des Jeunes de juin 2016 est presque entièrement consacré à l’accueil familial, avec des articles analysant la question d’un statut pour les familles d’accueil, l’interview d’un service de placement familial à court terme et celle d’un service à moyen et long terme ; la parole est également donnée à une ASBL proposant aux futurs et nouveaux parents qui se sentent démunis face à la naissance de leur enfant un accompagnement chez eux par un ‘’coéquipier’’ bénévole, qui, lui, peut compter sur l’encadrement de l’ASBL. Tout cela traversé par la recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant et par la réflexion qu’on sait très peu ce que pensent et ressentent les enfants accueillis face à cette succession de décisions et souvent de lieux de vie et de liens différents.

A travers sa contribution publiée dans ce JDJ, Maud Stiernet a voulu déconstruire certaines représentations qu’on se fait  des familles d’accueil, s’interroger sur les deux voies de placement d’un enfant (familial et institutionnel), préciser le rôle des familles d’accueil et le soutien dont elles ont besoin, expliquer l’intérêt pour l’enfant de relations constructives entre ses deux familles, et enfin s’interroger sur la place laissée à la voix de l’enfant accueilli.

Synthèse le plus souvent sous forme d’extraits

Familles d’accueil : une diversité de profils

‘’Les familles solidaires ont choisi l’accueil pour diverses raisons qui leur sont propres. Comme dans le reste de l’Europe, elles ne sont pas un groupe homogène (…). Certaines familles se laissent interpeller par la situation difficile d’un jeune de leur entourage ; pour d’autres, il s’agira d’un projet sociétal, d’un désir de se montrer solidaires d’un enfant encore inconnu et de sa famille en souffrance. Ce qui les réunit, c’est la volonté d’aider un enfant à grandir. (…)

En Fédération Wallonie-Bruxelles, trois quarts des familles d’accueil font partie du réseau de l’enfant, d’après les statistiques émanant de l’Aide à la Jeunesse. Le schéma européen selon lequel la famille d’accueil type fait partie d’un milieu socioculturel différent de l’enfant ne prévaut donc pas pour la FWB. L’accent que l’on met, au niveau international, sur le placement en famille élargie est déjà une réalité en FWB.

On ne peut aborder l’accueil familial sans aborder les questions de pauvreté. La perspective actuelle se concentre sur l’idée que l’enfant est souvent issu d’un milieu à indice socioéconomique faible et que la famille qui accueille l’enfant dispose de meilleures ressources. Cette image devrait pourtant être remise en question afin de correspondre aux réalités socioéconomiques et aux vécus des familles en prenant en compte l’enfant placé dans une famille d’accueil en situation de pauvreté.

Que les familles d’accueil soient monoparentales, en couple, d’origines socioculturelles diverses, elles ont à gérer les mêmes situations que d’autres familles en temps de crise, doivent trouver un équilibre privé/professionnel et assumer le rôle de parents d’accueil à l’égard de l’enfant mais également aux yeux des autorités et du reste de la société. Elles devraient donc pouvoir compter sur les mêmes soutiens à la parentalité (congé parental, par exemple) que les autres familles (dans un esprit de) non-discrimination par rapport aux autres familles, tout simplement’’.

En attente de statistiques claires

‘’En FWB, il existe un manque récurrent de données chiffrées qui reflètent les trajectoires des enfants faisant l’objet d’un placement’’. Par exemple, un enfant placé en accueil d’urgence ou de court terme, puis en accueil long terme par la suite, peut être comptabilisé deux fois ; ‘’il vaudrait mieux ne pas compter les dossiers ouverts par typologie de placement, mais par enfant. Cela permettrait également de mieux cerner leur trajectoire et leurs placements multiples’’.

‘’Concernant les chiffres de l’hébergement institutionnel, les comptes sont également complexes. Les enfants placés relevant du Ministère de l’Aide à la Jeunesse, mais pris en charge par un autre Ministère (petite enfance, pouponnière ONE, enseignement, Service Résidentiel pour Jeunes, internats, santé mentale Inami, hôpitaux) ne sont en effet pas comptabilisés. Il en résulte probablement une surévaluation du nombre d’enfants en accueil pour une sous-évaluation du nombre d’enfants en institution. Une nuance peut être apportée à cette constatation : il existe des familles d’accueil ‘’informelles’’ ou non reconnues comme telles qui ne sont pas reprises dans ces chiffres. Des grands-parents pourraient se retrouver dans cette situation’’.

Certains enfants vivent des situations hybrides, par exemple SRJ en semaine et famille d’accueil le week-end ; l’enfant a alors plusieurs référents professionnels en plus de sa famille d’accueil. ‘’La réalité de ces enfants est peu abordée et largement méconnue’’.

L’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse a, quant à lui, mis en avant la problématique de l’institutionnalisation des jeunes enfants de moins de 3 ans et le manque de statistiques disponibles et a écrit dans un Working Paper : ‘’Les dommages causés par le placement en institution des enfants de moins de 3 ans sont dénoncés par de nombreuses recherches’’.

‘’Nous voulons souligner qu’il est important d’avoir une cartographie claire du placement familial afin de comprendre où se situent les différents enjeux à évaluer dans le cadre d’une politique qui favorise l’inclusion et la cohésion sociale dès le plus jeune âge.’’

Placement en famille et désinstitutionnalisation.

‘’Lorsqu’on analyse les bonnes pratiques à l’étranger, on remarque que la volonté de favoriser l’approche familiale s’accompagne souvent d’un plan de désinstitutionnalisation (…). Mais en Belgique, dès lors qu’un enfant est en danger, il est exposé au risque d’être placé dans un milieu institutionnel’’. Parmi les raisons pratiques de ce choix : maintenir ensemble une fratrie ; c’est ainsi que les Services d’Accueil de la Petite Enfance, censés accueillir des enfants de 0 à 7 ans, se retrouvent avec des enfants pouvant aller jusqu’à 12 ans ; sont-ils alors respectés dans leurs besoins selon leur âge ?

La CODE (coordination des ONG pour le droit de l’enfant) n’a pas un avis unanime sur la désinstitutionnalisation : ‘’Les enfants n’ayant pas tous les mêmes besoins, certains estiment que les placements en famille et en institution permettent tous deux de s’adapter à ceux-ci, sans priorité systématique pour l’une ou l’autre option’’.

‘’Or certains auteurs mettent l’accent sur la problématique du roulement du personnel dans un cadre institutionnel qui ne permet pas de garantir une stabilité nécessaire et sur le fait qu’il n’existe pas de corrélation positive entre la qualité d’une institution et les conséquences sur le développement de l’enfant de moins de 3 ans.

Les autorités internationales recommandent que tout soit fait pour que l’enfant puisse grandir dans son contexte familial et que celui-ci soit préservé et soutenu, dans son intérêt et conformément à ses droits. Le soutien à la famille d’origine, puis à la famille d’accueil devrait donc figurer en première ligne des plans d’aide à l’enfance en danger. (…) Nous attendons plus de moyens pour la prévention et pour l’encadrement de l’accueil familial et que cesse l’augmentation du nombre de places en milieu institutionnel.’’

Etre famille d’accueil : un rôle qui demande du soutien

‘’Dans de nombreuses situations, les familles d’accueil ne sont pas assez soutenues dans leur rôle ‘’thérapeutique’’, souvent par manque de moyens de l’administration’’(…) Les familles d’accueil ne se contentent pas d’éduquer un enfant, elles ont également un rôle psychoaffectif important à remplir dès lors que les besoins psychosociaux de l’enfant ont le plus souvent été mis à mal par les événements ayant justifié le placement (ce qu’il a subi) mais également par le placement lui-même (la séparation)’’. Outre ses besoins primaires, l’enfant a besoin de sécurité, de relation, d’estime de soi, de sens.

‘’Dans ce contexte, il est important de réfléchir au bien-être global de l’enfant, à la réparation de ses repères, à ses envies, à ses capacités de résilience par rapport aux traumatismes vécus, à ses projets. Il est important de pouvoir se donner des objectifs thérapeutiques par étape et en lien avec l’âge et le vécu de l’enfant. Les familles d’accueil ont besoin de soutien tout au long de leur mission en fonction des besoins et de l’évolution de l’enfant. Les conséquences d’un manque d’information et de soutien se payent souvent très cher et parfois même par l’échec de l’accueil lui-même.(…)

Lorsque la décision de placement a fait l’objet d’une évaluation professionnelle pluridisciplinaire et s’avère nécessaire pour l’enfant, le placement devrait être protégé dans sa continuité, jusqu’au retour en famille qui reste, a priori, la finalité. Tout parcours impliquant un changement de milieu de vie devrait être évalué au regard du bénéfice qu’une stabilité émotionnelle peut apporter à l’enfant accueilli’’.

Des relations entre deux familles

‘’Le temps de l’accueil, l’enfant a deux familles et un lieu de vie (parfois deux s’il séjourne en cadre résidentiel en semaine). (…) Le concept même de famille joue un rôle crucial car, lorsque nous demandons aux jeunes accueillis ce que l’accueil leur a apporté, ceux-ci insistent surtout sur le sentiment d’appartenance, le lien que procure un cadre familial stable. Ce sentiment affectif permet à l’enfant de se construire bien entouré.

Gérer ses deux familles n’est pas simple pour un enfant qui se retrouve dans une situation de coparentalité ou de séparation. Les questionnements et les positionnements de l’enfant évoluent à son rythme. Les adultes ont un grand rôle à jouer dans ce cadre. Plus on recherche des relations saines, mieux les contacts évolueront de façon constructive entre les deux familles’’.

Quelle place pour la voix de l’enfant accueilli ?

‘’Les enfants accueillis constituent un groupe peu étendu et qui peut être considéré comme un des plus vulnérables. Quelle place est accordée à ce qu’ils pensent ? Il nous semble qu’un enfant placé en famille d’accueil qui souhaite donner son avis concernant le système dont il est le principal bénéficiaire peut le faire, mais uniquement de manière indirecte, par l’intermédiaire de professionnels. (…) Considérant que la participation active des jeunes implique qu’ils soient autorisés à participer au planning, à l’implémentation et à l’évaluation des politiques de la protection de l’enfance, une question que l’on peut encore se poser est la suivante : est-ce que les enfants vulnérables ont assez de possibilités de participation directe visant à améliorer le futur de l’accueil ?’’

 

 

 

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