Debriefing Oxygène 2016

Cluédo géant pour les ados, voyage au pays imaginaire avec Wendy et Peter Pan pour les enfants… 15e année déjà, et pourtant l’imagination débordante de l’équipe d’animation fait de chaque séjour une parenthèse vécue dans un autre univers, avec un décor génial, des défis à relever, des amitiés qui se (re)nouent… Le spectacle final permet aux enfants et ados de donner à leur famille d’accueil un aperçu de ce qu’ils ont vécu et réalisé. Certains annoncent déjà qu’ils reviendront l’année prochaine, cela permet de mieux supporter la tristesse du départ !

Paroles d’un enfant et de sa mamy

 Personnellement, l’an dernier, lorsqu’on nous a parlé d’un séjour ‘’en internat’’ pour les petits enfants en famille d’accueil, j’étais à la fois contente et un peu (beaucoup) inquiète pour mon petit. J’avais des appréhensions qu’il ne se sente abandonné…d’autant plus que sa sœur, trop jeune, restait avec nous ; j’avais d’ailleurs loué un studio pour passer moi-même cette semaine-là à la mer, afin d’être ‘’vite là’’ au cas où il y aurait eu un souci (Je peux l’avouer maintenant que tout a bien été !!!).

A la Toussaint 2016, c’était en Ardennes, et lorsque nous en avons parlé, il a tout de suite dit : ‘’Youpie, oui j’y vais’’ ! C’est ainsi que cette année M., du haut de ses six ans, s’en est allé ‘’au pays imaginaire’’. Les photos nous ont un peu fait partager, à nous, parents d’accueil, les joies de ces jours enchanteurs pour nos enfants. (Merci) Je peux vous affirmer qu’il est revenu tout fier de sa démonstration de fin de stage et qu’il a beaucoup apprécié son séjour. Difficile à son âge d’expliquer ce qu’il a fait. Mais pas plus tard que ce matin, il m’a montré comment on faisait la ‘’pile d’enfants’’… ‘’C’était trop rigolo’’ m’a-t-il dit. Démonstration dans le living avec sa sœur. Et il a ajouté ‘’Je me suis super bien amusé’’.

Voilà ! Encore grand merci pour lui. ‘’Grand-maman’’

Paroles de l’animateur des 6-8 ans

Les premiers contacts furent naturels et surtout sincères. Certains ont été ouverts directement au dialogue et d’autres un peu plus réticents à faire confiance et à parler avec une personne qu’ils ne connaissaient pas. Au fil des activités de la première journée, je remarquais déjà un rapprochement de tous les enfants du groupe, entre eux mais aussi avec moi. Je les animais tout en essayant de les mettre à l’aise et surtout de les faire rire ! Donner le sourire, faire rire tout enfant est la clé d’une bonne entente. (…) Quel bonheur de voir chaque jour, dès la première minute du lever, un sourire sur chaque petite bouille, d’entendre leurs rires constamment tout au long des journées. De se dire que chaque enfant oublie ses soucis quotidiens, son passé souvent difficile, grâce à tout ce que notre équipe met en place : scénarios, décors, activités, vie quotidienne, intendance…Et ce spectacle magnifique organisé avec et par les enfants : du pur bonheur ! A la fin du séjour, les enfants étaient tout simplement heureux et avaient de nouveaux amis. Ils se connaissaient tous entre eux et formaient une FAMILLE. Pour terminer, je vais juste revenir sur ce que les enfants de mon groupe m’ont répondu lorsque je leur ai demandé de décrire leur séjour en un mot : JOIE – BONHEUR – AMITIE.. Pour ma part, ces enfants ont changé ma vision de la vie et du bonheur et m’ont beaucoup appris. David, un animateur touché, heureux d’avoir rencontré des enfants et ados en or.

 

Paroles du coordinateur

Actuellement, c’est toujours avec la même ambition que nous organisons cet événement avec chaque fois un nouveau concept… Une des plus grandes richesses, en dehors des moments d’animation, c’est toutes les valeurs échangées durant la semaine : les échanges d’opinion concernant le respect des uns et des autres, l’esprit d’équipe, l’écoute…mais également, toutes les valeurs de la vie de tous les jours durant les moments informels et de vie quotidienne. Comme chaque année, le plus dur est quand les parents d’accueil viennent chercher les enfants à la fin de leur spectacle… Nous voyons dans le regard de ces enfants la tristesse de devoir partir, mais également la fierté de ce que nous avons pu leur apporter… Entre rire, émotion, joie… Je suis très fier de partager avec La Porte Ouverte et Vacances Vivantes cette expérience. J’en profite pour féliciter et remercier l’équipe d’animation qui s’investit sans limites’’. Patrick Rampaert

oxy

 

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Dossier: Adolescence, de la découverte de soi à la création … ou à la destruction

Une conférence à Liège de Xavier Pommereau, psychiatre responsable d’un service pour ados au CHU de Bordeaux, abordant ‘’Le goût du risque à l’adolescence : le comprendre et l’accompagner’’. 1

Une interview dans Le Ligueur de Daniel Marcelli, chef du service de psychiatrie infanto-juvénile au CH Henri Laborit de Poitiers et auteur de l’ouvrage ‘’Avoir la rage-Du besoin de créer à l’envie de détruire’’. 2

Et des analyses, des questions, des propositions qui se complètent pour nous aider à mieux comprendre ce qui se joue à l’adolescence et pour accompagner nos ados afin que leur besoin d’exister en tant qu’individu unique se traduise dans la construction et non dans la destruction.

 

Quand les ados pètent les plombs : interview de D. Marcelli.

Mutation éducative : du souci de l’autre au souci de soi, des règles à la stimulation

‘’L’éducation d’avant 1970 consistait à bien élever l’enfant. Donner des règles, un cadre, c’était la priorité de tous les parents. L’idée que l’enfant soit heureux était secondaire. Aujourd’hui, un enfant de 3 mois n’est plus un être immature qui est incapable de se nourrir par lui-même, c’est un être humain doué de compétences. Et le devoir des parents, c’est de stimuler le potentiel de l’enfant et non de l’élever en se reposant sur les règles du passé. (…) Au lieu d’adapter l’enfant à la société, il faut s’adapter à l’enfant.

Il y a trois potentiels : le potentiel intellectuel (comprendre son monde), le potentiel physique (être bien dans son corps) et le potentiel effectif (être heureux dans sa vie).’’

  1. Marcelli explique qu’avec ce changement, la clé de l’éducation a disparu : les parents savaient comment bien élever un enfant, mais pas comment stimuler les potentialités de leur enfant, par définition différent de tous les autres. ‘’Les parents cherchent comment stimuler l’enfant et ils l’exhortent à développer ses potentiels : Montre-moi ce que tu sais faire, plutôt que Tiens-toi bien ! etc. C’est ce qu’on appelle la parentalité, un néologisme qui signifie se mettre au service de l’enfant. Le parent venait avant l’enfant, c’était généalogique. La parentalité, elle, vient après l’enfant, une fois qu’il est là, en réponse à ses besoins de développement. Les parents avaient autorité sur l’enfant, alors qu’aujourd’hui, l’enfant a autorité sur la parentalité de ses géniteurs.’’

Parallèlement à cette prise de conscience d’un enfant doué de potentiels,  la famille s’est transformée : égalité hommes-femmes, fragilisation du lien conjugal. Cela aboutit notamment ‘’à une sorte de rivalité entre les parents pour l’amour de l’enfant. Autrefois, le parent interdisait et commandait Fais pas ci, fais pas ça et il menaçait Sinon t’auras une claque ou l’équivalent psychologique d’une claque. On est passé de l’interdit qui freine les potentiels à l’exhortation qui les stimule, de la menace qui est disqualifiée comme stratégie éducative à la séduction : Fais-moi plaisir. Avec l’accent mis sur le désir de l’enfant : Qu’est-ce que tu veux faire ? L’enfant est installé au cœur du souci parental.’’

  1. Marcelli explique qu’on est passé d’une éducation où domine le souci de l’autre (faire attention, être poli, bien se comporter…) à une éducation qui fabrique des individus. ‘’L’individu est dans la recherche de la satisfaction de lui-même, du souci de soi. Son désir prime. Et son échec, ce n’est pas la culpabilité mais l’insatisfaction. Et donc la revendication : J’exige que l’autre fasse ce dont j’ai besoin. Les enfants arrivent à l’adolescence avec cette éducation-là.’’

Qu’est-ce qui se joue à l’adolescence ?

‘’C’est une période de fragilité narcissique. Ils ont une excitation intérieure dont ils ne savent pas quoi faire et qu’ils ne savent pas comment satisfaire. Ils ont toujours le sentiment de ne pas être compris. En même temps, ils sont dans la transformation pubertaire avec une interrogation sur l’identité : Qui suis-je, que vais-je devenir ? Et ils sont confrontés à la sexualité, qui est quelque chose d’infernal puisque ça entraîne la dépendance au désir de l’autre et donc à son impuissance relative. ‘’

J’ai la rage ! Cette expression très courante chez les ados actuels traduit une immense demande de reconnaissance. Ils ne le disaient pas il y a 40 ans. ‘’Il y a des constantes comme la crise de la puberté, l’envie de prouver au monde qu’on est capable de faire quelque chose, de créer un monde nouveau’’. Mais, comme développé plus haut, l’éducation a changé depuis 1970, de centrée sur l’autre et l’apprentissage des règles, elle est devenue centrée sur l’individu et sa satisfaction, le développement de son potentiel.  ’’La rage, c’est l’état émotionnel qui surgit quand on se trouve soit seul (physiquement ou moralement), soit impuissant. Le sentiment que l’autre ne fait aucun effort pour vous comprendre. Et l’impuissance, c’est le sentiment qu’on n’a pas d’action sur la marche du monde, qu’on ne sert à rien. La colère a un objet : on est en colère contre quelqu’un ou quelque chose. Alors que la rage est un état avec soi-même. On est en rage contre tout.

L’explosion de rage est une explosion orgiaque : on meurt et on tue les autres. Aux Etats-Unis, ces jeunes qui prennent un flingue et descendent tout le monde, ce sont des actes de destruction de soi et des autres’’.

Prévenir l’explosion de rage : écoute, empathie, considération, créativité

‘’Par l’empathie. L’empathie, c’est la reconnaissance par l’autre, c’est la considération : Je t’écoute, je ne partage pas nécessairement ton avis, mais je comprends tes arguments. Et sur le plan affectif : Je vois bien que tu es en colère, mais explique-moi pourquoi. La rage, c’est la tension de l’isolement, et l’empathie, c’est ce qui ramène dans la relation humaine. Si la rage, avant qu’elle n’explose, est reconnue par l’autre qui dit à l’adolescent : Je vois bien que tu es très en colère, viens, on va essayer d’en faire quelque chose, on va dessiner, taper sur une batterie, on va courir ; si l’adolescent est aidé, il peut exprimer sa rage dans un acte créatif. Et la créativité, c’est l’acte singulier qui est la signature de l’individu. Donc, tous les adolescents sont dans une course à l’échalote de leur créativité. Parce que, grâce à elle, ils vont être reconnus comme individus. Mais s’ils n’ont pas de don, ne sont pas accompagnés et vivent dans une famille où on ne cesse de leur dire qu’ils sont cons, et dans une société qui les dévalorise, pour des raisons ethniques ou autres, alors là ils pètent les plombs et se disent qu’ils peuvent être au moins géniaux dans la destruction.’’

A l’adolescence, on est plastique, c’est ‘’la période où on peut changer et évoluer.’’

La rage jusqu’au radicalisme

‘’Aujourd’hui, un certain nombre de jeunes qui sont pris dans cette spirale de la dévalorisation, de la perte d’estime d’eux-mêmes, de l’humiliation, choisissent la voie du génie destructeur. Si la société ne satisfait pas leur besoin de reconnaissance, ils peuvent devenir des bombes potentielles parce qu’ils ne peuvent trouver les voies de leur propre créativité. De tout temps, quelques adolescents ont fait ça. Mais aujourd’hui, il leur suffit de se retirer dans leur chambre et d’aller sur internet où un séducteur va leur chanter : Je t’ai reconnu, toi, tu es quelqu’un de bien, tu as de grandes choses devant toi. Les pervers narcissiques tentent de dominer l’autre par la séduction et dès que l’autre fait mine d’indépendance, ils deviennent violents. Les radicalisés sont tous tombés sur des pervers narcissiques, des séducteurs comme cet ancien éducateur passé à Daesh et qui a déjà à son actif 3 terroristes, celui qui a tué un couple de policiers, celui qui a égorgé un curé et celui qui a commis l’attentat de Nice avec son camion. D’un côté, ils promettent le paradis, de l’autre, ils imposent la frustration : Tu ne baiseras plus, tu ne boiras plus, tu ne fumeras plus. Cette frustration exacerbe la rage qui va être l’instrument de la radicalisation violente et, en même temps, elle restaure un sentiment d’estime de soi puisque le jeune a triomphé de ses pulsions. Le piège est parfait.’’

 

Le goût du risque à l’adolescence : le comprendre et l’accompagner  :
Quelques extraits de la conférence du Dr Xavier Pommereau

Une société de consommation et de zapping

Dans quel contexte vivent nos ados ? S’ils observent notre comportement face à la nourriture : on prend, on jette, éventuellement en la rendant non comestible (20 %  de nourriture jetée en supermarché). Quand quelque chose ne nous plaît pas, on zappe : on ne tolère pas d’attendre, on ne supporte pas l’ennui.

Des prises de risque pour grandir

L’adolescence signifie croître, grandir. Les ados veulent explorer le monde, tester les limites, se mettre à l’épreuve. Comment ? En jouant à se faire peur, en recherchant les sensations fortes, en se mettant en danger pour se prouver leurs capacités, et le faire reconnaître par leurs pairs, de sorte de se singulariser et de devenir populaires (cf le succès de Facebook).

Pour cela, 85 % des ados vont faire des « pas de côté’’, des transgressions marquant qu’ils refusent de suivre aveuglément. Ils vont voir des films d’horreur (qui parlent en fait d’amour et de mort), se faire peur sur les manèges, prendre des risques en aimant… Ils ont besoin de se mettre en évidence, d’être reconnus ; ils cherchent à avoir beaucoup de likes sur les réseaux sociaux et, pour les obtenir, ils vont s’exposer, prendre parfois certains risques (ex : se filmer en train de boire ou de tenter une performance). Il n’est pas conseillé d’abandonner notre maison à un ado de 16 ans sans adulte à proximité : on sait que ses invités viendront avec des alcools forts du genre vodka, rhum…

Pourquoi le binge drinking (biture express) ou consommation maximum d’alcool en un minimum de temps ? Parce que, du lundi au jeudi, c’est pour l’ado la période ‘’prise de tête’’ : l’école, puis les questions des parents sur l’école, les disputes avec les parents ou la fratrie, les états d’âme de son parent en cas de séparation… Donc, à partir du jeudi soir, il a envie de passer en mode ‘’lâchage’’. Et comme c’est un enfant de l’immédiateté, qui ne sait pas attendre et différer, pour sortir du carcan (ou ressenti comme tel) le plus vite possible, il s’alcoolise très vite.

Autre risque : certains jeunes affirment ‘’Moi, c’est la confiance ou rien’’ et n’utilisent pas de préservatif.

L’adolescent est en recherche d’identité. L’identité, c’est se sentir un et indivisible, c’est se sentir être soi-même et distinct de ceux dont on est issu, tout en s’en rapprochant par certains côtés. Une adoption, un non-dit sur la filiation par exemple peuvent créer une brisure identitaire : l’ado ne sait pas qui il est. A l’adolescence a lieu une ébullition identitaire qui cherche à être apaisée par des moyens plus ou moins adaptés. On assiste à une tentative parfois désespérée de se chercher, de se trouver…parfois au risque de se perdre.

Une prise de distance par rapport aux parents

85 % des familles monoparentales sont des femmes contre 10 % d’hommes. Celles-ci ont tendance à se replier sur leurs enfants, donc l’ado a encore plus envie de s’écarter, de ne pas épouser la cause parentale, de ne pas se fondre avec ses parents ; d’autant plus qu’à l’adolescence, l’oedipe est réactivé (attirance vers le parent de l’autre sexe, à laquelle le jeune va réagir en allant vers l’extérieur chercher un(e) partenaire). A l’adolescence, ce n’est donc pas aux parents de passer un maximum de temps avec leurs jeunes, ceux-ci n’en ont pas envie ; par contre, les autres adultes sont considérés comme ‘’top’’, c’est donc le moment d’échanger nos enfants, ça se passera sûrement bien et adoucira notre regard sur notre ado !

Un autre facteur poussant les ados à prendre leurs distances, c’est une valorisation telle de la jeunesse dans notre société (‘’sénior’’ devenant un gros mot !) que les adultes veulent se rapprocher de l’adolescence. On voit ainsi un père passant son permis moto à 42 ans, un autre proposant à sa fille d’aller voir un film d’horreur avec elle et ses copines…

Devant son ado qui s’écarte et est difficile à cerner, l’adulte ne doit pas céder à la tentation de fouiller sa chambre. C’est surtout les mères qui le font… Mais les ados disposent d’un répulsif anti-mère : l’odeur de fauve !

Un passage difficile pour certains ados

Pour 15 % des adolescent(e)s, cette période sera plus compliquée du fait de leur histoire, de leur passé. Ils vont faire le grand écart au risque de déchirure, rupture, coupure, brisure. Ils tentent de s’arracher à notre environnement sans qu’il soit nécessairement mauvais (arrachement par l’alcool, les scarifications qui concernent 10 % des élèves, la fugue, l’absentéisme scolaire…)

Ils veulent confirmer une identité blessée, sont dans une quête éperdue de reconnaissance (comme étant en souffrance). En cas de fugue, la pire réaction serait donc de ne pas les chercher, de laisser aller. De même, ce n’est pas par hasard qu’ils laissent des traces de leur passage (vomissements ou autres traces) ; ils attendent qu’on les questionne : ‘’On a vu que…, tu es malade, tu … ?’’ On peut remarquer de la boulimie, de l’anorexie. X. Pommereau explique qu’une crise de boulimie coûte en moyenne 30 € par crise, ce qui peut conduire un jeune à voler, revendre, se prostituer, dealer de la drogue. Il y a beaucoup de micro-dealers.

Certains jeunes vont se radicaliser, avec des motivations différentes pour les garçons et les filles. Le jeune qui a le sentiment que ses parents et ses grands-parents se sont courbés devant le pouvoir colonial peut vouloir les venger. Certains jeunes sont aspirés par le risque du combat (utiliser de vrais AK47) à la mesure de la publicité qu’en font les médias.

Les filles ont une vision plus romantique. Observant une société où on sépare sexualité et sentiments (‘’C’est rien, c’est un plan cul entre potes’’), voyant des fêtes très alcoolisées, très ‘’cannabisées’’, où les filles se laissent aller à faire n’importe quoi, elles peuvent être tentées de se voiler et de devenir la femme d’un combattant djihadiste dans une vision romantique des choses.

Si on les met ensemble entre semblables, ils se renforcent. Le plus efficace est d’essayer de recréer des liens affectifs avec leurs proches (dont ils se sont distanciés parce que le discours djihadiste leur a affirmé que leurs parents n’étaient pas de bons musulmans).

A une question sur la signification de l’entrée dans une secte, X. Pommereau répond que c’est se rapprocher d’une cause absolue ne supportant pas le doute. Evacuer le doute, c’est évacuer l’angoisse.

Quid des jeunes accros à leurs jeux ? S’enfermer dans les jeux vidéos nuit et jour est une radicalisation pour se sentir exister alors qu’on a des raisons de ne pas savoir qui on est.

‘’Les ados qui vont mal ne font jamais n’importe quoi : on peut observer, décoder le sens. La très grande majorité des déviances constituent une tentative désespérée d’échapper à une souffrance insupportable : il faut donc essayer de ne pas cataloguer car c’est inefficace, mais se demander quelle est l’économie (les bénéfices) de cette déviance ; de là se dégageront des pistes’’.

Etre parent d’ado

En dehors des grands interdits ( inceste, meurtre…), les interdits (de fumer…) sont plutôt une incitation à explorer ! Mais le parent peut par exemple décréter que, pour la santé de tous, la maison sera un lieu sans tabac : l’ado respectera la règle s’il s’agit d’une règle partagée.

Supporter l’utilisation du portable, de la tablette, de l’ordinateur pendant la nuit ? NON car le temps de sommeil se réduit (l’ado chatte, regarde des séries…). Ne pas interdire mais dire que, la nuit, les portables dorment aussi… et les mettre TOUS en charge dans la cuisine, donc aussi ceux des parents.

L’égalité entre citoyens se décline aussi à la maison…

Face à tout ce qui peut se passer dans une famille (ex : relations dans une fratrie, haut lieu de jalousie), la capacité de contenance des parents a toute son importance. Par des soutiens métaphoriques, des images, ils peuvent leur faire comprendre certaines choses.

La révolution numérique inverse les rapports : ce sont les jeunes qui apprennent à leurs parents. On peut accepter d’utiliser nos ados comme guides, tout en veillant à discuter avec eux de ces nouveaux outils. Accompagner plutôt que résister. X. Pommereau déconseille aux parents d’être amis avec leurs ados sur Facebook : ils filtreront ce qu’ils auront envie d’y mettre.

Quelles solutions face à un ado qui va mal ?

(Rappelons que Xavier Pommereau est médecin dans un centre hospitalier pour ados).

Imposer de force (« Arrête de te couper… ») ne marche pas. On essaye plutôt de faire de l’aïkido mental c’est-à-dire d’utiliser la force de l’autre. ON TENTE DE trouver les compétences du jeune. A partir de là, comme les ados d’aujourd’hui montrent les choses plutôt qu’ils ne les expriment, on essaye de trouver des  supports métaphoriques pour qu’ils puissent se dire à travers cela.

Je demande au jeune s’il prend un défi pour demain –) Oui, bien sûr, lequel ? Le défi que je vais te poser. Exemple : j’avais remarqué le grand talent d’une ado pour se maquiller. Je lui ai donc proposé comme défi ‘’Pour demain, je voudrais que tu te maquilles aux couleurs de ta tristesse’’.

Nous misons sur les compétences plutôt que de souligner les insuffisances. Nous donnons un soutien, des supports pour permettre de se dire. Ces ados sont intelligents et très sensibles (sinon ils ne seraient pas en vibration identitaire). Une fois le chemin entamé via la poésie, la vidéo… , ils pourront peut-être se dire de façon plus « classique ». Le théâtre, le psychodrame, les ateliers de méditation (ils n’ont généralement jamais été interrogés sur ce qui se passe quand ils respirent) marchent très bien.

1 Quand les ados pètent les plombs in Le Ligueur n° 21, 16 novembre 16, page 8

2 Le goût du risque à l’adolescence : le comprendre et l’accompagner conférence par le Dr Xavier Pommereau,
proposée par Openado, Liège, le 25 octobre 2016

 

Témoignage: réussite scolaire: le défi de Noémie

A tout juste 10 ans, Noémie est une fillette ouverte, en bonne santé, qui n’a plus peur.  Pleine de vie, elle sait exprimer ses sentiments et ses envies, a depuis 3 ans la même meilleure amie, apprécie aussi bien les amis de son grand-père paternel, chez qui elle vit, que les contacts avec son père, ses tantes et cousines et une partie de sa famille maternelle. Elle s’y retrouve dans sa situation familiale complexe et, là aussi, sait formuler ses désirs. En classe, elle est en 4e primaire, sait lire, connaît les centaines et les milliers ainsi que les opérations, commence à pouvoir résoudre des problèmes de niveau 4e.

Il n’en a pas toujours été ainsi… Si Noémie est aussi épanouie aujourd’hui, c’est parce que des adultes – famille ou professionnels – ont su prendre des décisions protectrices à son égard et ont cru en ses potentialités. C’est son évolution et les soutiens efficaces mis en place au fil du temps que son grand-père nous a expliqués lors de notre rencontre. Pour que d’autres enfants en difficulté, au lieu d’être redirigés trop vite vers l’enseignement spécialisé, puissent bénéficier des aides adéquates  leur permettant de se déployer.

Son grand-père nous explique que sa petite-fille a eu une enfance pas facile : élevée d’abord par ses parents, puis par sa mère après leur séparation, Noémie a vécu des moments très insécurisants quand sa maman l’enfermait seule dans le noir pour sortir, quand elle vivait avec un compagnon violent, ou avec quelqu’un ayant des projets dangereux, équivoques pour elle et sa fille… Finalement, sa maman la disant incontrôlable, la petite est retournée vivre chez son père, tout en rentrant chez sa mère un week-end sur deux. Mais sa maman ne l’amenait pas régulièrement à l’école alors qu’elle était en 1re primaire ; déjà en maternelle, sa fréquentation était très irrégulière.

Comme l’école fonctionnait par cycle de 2 ans, son institutrice a choisi de laisser passer Noémie en 2e année. La fillette étant tombée malade, son grand-père a été amené à la garder une semaine. C’est alors qu’elle a clairement demandé à s’installer chez lui : ‘’Tu as des valises, papy ? Oui ? Alors comme ça on va chez papa demain pour aller chercher mes affaires et m’installer ici’’. Noémie est donc restée chez son grand-père dès le 2e trimestre de sa 2e primaire, avec l’accord du papa, la maman n’étant pas contre (elle gardait de toute façon un week-end sur deux). Il faut dire que Noémie supportait mal la compagne de son père et a probablement apprécié la vie plus paisible qu’elle pouvait avoir chez son papy et sa grande disponibilité, étant le seul enfant là-bas.

Alors que Noémie vivait déjà depuis quelques mois chez son grand-père, lors d’un week-end chez la maman, un problème est survenu qui a entrainé l’intervention du Procureur du Roi, estimant sur base des nombreux éléments de son dossier que Noémie était en danger avec sa maman. Informé de la situation, le service d’aide à la jeunesse a alors officialisé la situation existante en demandant au grand-père de continuer l’accueil de la fillette âgée de 7 ans ; il a suspendu les contacts avec la maman, tout en demandant à son papy la mise en place d’un suivi thérapeutique . Au bout de 6 mois, la maman a demandé à la revoir, mais a reçu un refus sur base de la recommandation de la thérapeute, qui l’estimait inopportun à ce moment-là. Noémie elle-même disait : ‘’Si je vois ma maman, je m’enfuis’’.

Depuis, le SAJ a clôturé le dossier en actant que l’enfant reste domiciliée et à la garde exclusive de son grand-père et ce, sans contact avec la maman. Le suivi thérapeutique a duré trois ans avec un arrêt progressif, l’objectif étant de permettre à Noémie de continuer à grandir de façon autonome. Elle voit son papa très régulièrement ; toutes les fêtes de famille se passent ensemble chez la grand-mère paternelle. Depuis un an et demi, Noémie passe une nuit ou deux chez ses grands-parents maternels lors de chaque long congé scolaire ; pas plus, car elle a besoin de contacter son grand-père et devient difficile au-delà de deux nuits. Là-bas, elle peut rencontrer la jeune sœur de sa mère avec laquelle l’entente est très bonne et avec laquelle elle est très régulièrement en contact téléphonique.   Noémie a demandé à voir sa petite sœur (l’enfant que sa maman a eue avec son dernier compagnon). Les grands-parents lui ont proposé de rencontrer sa maman, qu’elle n’a plus vue depuis deux ans. Noémie refuse, ne se sentant pas encore prête.

On le voit, Noémie a des contacts positifs aussi bien avec son papa qu’avec sa famille maternelle ; elle connaît l’existence de sa petite demi-sœur (côté maternel)  ; elle connaît également ses petits demi-frères (côté paternel) puisque son papy s’en occupe de temps en temps et qu’il y a des réunions familiales. Elle a également toute une vie sociale grâce aux contacts avec sa meilleure amie, à ses activités de danse ou de piscine, aux moments chez les amis de son papy…

Bref, la petite fille très maigre, de santé fragile, très réservée, que son papy a accueillie il y a trois ans,  a récupéré une bonne santé, ose exprimer ses pensées et ses désirs, apprécie aussi bien l’attention individuelle qu’elle trouve chez son papy que toute une vie sociale ‘’où elle est princesse’’. Sans doute qu’être ainsi mise au centre de l’attention, avoir un lieu de vie et un attachement stables et fiables étaient des éléments essentiels pour que cette petite fille qui avait grandi avec beaucoup de peur et d’insécurité puisse se construire une confiance en elle et dans le monde qui l’entoure. Cela n’empêche bien sûr pas le papy de lui mettre les limites adaptées à son âge : être princesse signifie être importante, mais pas décider de tout !

Pour sa scolarité qui posait beaucoup de problèmes, le grand-père a mis en place une série d’aides. Mais si ces aides ont été particulièrement efficaces, c’est certainement parce qu’elles intervenaient dans un contexte où Noémie était assurée d’une vie stable chez son grand-père et où, d’autre part, elle avait l’occasion de travailler son ressenti en thérapie. Libérée de l’insécurité qu’elle avait connue pendant toute sa petite enfance, son esprit était donc disponible pour les apprentissages progressifs correspondant à l’évolution de son âge.

Quelles sont, concrètement, les aides dont Noémie a bénéficié pour sa scolarité ?

Comme dit plus haut, Noémie n’a pas réussi sa 1re année, mais est quand même passée en 2e année puisque l’école fonctionnait par cycle de 2 ans. C’est au 2e trimestre qu’elle a commencé à vivre chez son grand-père ; les premiers temps, elle hurlait quand il la laissait à l’école car elle avait très peur qu’il ne vienne pas la rechercher ou que sa maman ne vienne l’emmener de force. Elle a refait sa 2e année, est passée en 3e malgré ses difficultés. Un testing sollicité à ce moment par l’école a permis de savoir que Noémie était dyslexique et dyscalculique. L’école a pensé à une orientation vers un enseignement spécialisé de type 8, ce que le grand-père a catégoriquement refusé : il croyait dans ses capacités et ne voulait pas lui faire perdre ses condisciples, un cadre de vie dans lequel elle se sentait bien. Le grand-père a pu mettre en place des cours particuliers avec une institutrice (renseignée par le PMS) qui a revu avec Noémie la matière depuis la 1re primaire (lui permettant ainsi de reconstruire les bases) ; ce suivi continue chaque mercredi pendant une heure ainsi qu’une fois par semaine pendant les vacances scolaires. A cela s’est ajouté depuis un an un suivi logopédique une heure par semaine. Ce suivi a pour objectif de travailler ses difficultés spécifiques d’apprentissage découvertes grâce au testing. L’école a finalement accepté que, pour la rentrée en 4e primaire, Noémie bénéficie en plus d’un accompagnement pédagogique individuel en classe. Rappelons que cette mesure fait partie des ‘’aménagements raisonnables’’ auxquels tout enfant a droit pour se maintenir dans l’enseignement ordinaire, parmi ses condisciples. (cf le dossier de notre périodique n° 75 du 1r trimestre 2016). Très concrètement, le grand-père est passé par une ASBL qui a évalué les difficultés spécifiques et les besoins de la fillette ; à partir de là, une personne – formée en logopédie dans son cas – est présente auprès d’elle en classe pour la soutenir une matinée par semaine (au moment où l’institutrice prévoit de voir les matières plus compliquées pour Noémie comme les calculs, la conjugaison…). Les résultats sont tellement positifs que l’école a, depuis, demandé ce type d’encadrement pour un autre enfant deux demi-journées par semaine ! Toutes les personnes concernées se réunissent régulièrement pour faire le point et envisager la suite : la directrice de l’école, le directeur de l’ASBL assurant le suivi, l’institutrice, l’institutrice assurant les cours particuliers, la logopède, l’accompagnatrice en classe, le grand-père. Entretemps, ces personnes peuvent communiquer entre elles par mail pour, par exemple, convenir de travailler telle ou telle notion.

Le grand-père est ravi que l’institutrice chargée de dispenser des cours particuliers à Noémie s’occupe des devoirs, en donne pour la fois suivante, de sorte que lui n’ait plus qu’à ‘’compléter’’ pour les petites choses ; ainsi, il peut se consacrer à son rôle de grand-père et aux aspects plus éducatifs et affectifs.

Et Noémie, comment vit-elle toutes ces aides supplémentaires ? Ne se sent-elle pas ‘’envahie’’ ? En fait, elle le prend bien, d’une part parce qu’elle se rend compte que sa scolarité se passe mieux, d’autre part parce que l’organisation tient compte de son besoin de se détendre : l’institutrice vient le mercredi en début d’après-midi, de sorte que Noémie est tout à fait libre ensuite ; la logopède vient une heure à l’école juste à la fin des cours (et la reçoit à son domicile seulement pendant les vacances) ; l’accompagnatrice pédagogique intervient au sein de la classe. De plus, la fillette a bien accroché tant avec la logopède qu’avec l’accompagnatrice, dont elle a bien compris la mission.

En conclusion, l’orientation vers l’enseignement spécialisé n’est pas la seule voie possible lorsqu’un enfant a du mal à suivre en classe (même si cela peut être une solution appropriée pour certains). Il est important de faire un bilan pour cerner le plus précisément possible les difficultés de l’enfant et ses besoins, afin d’établir ensuite le programme qui l’aiderait le mieux. Les avantages d’un maintien dans le cursus ordinaire : l’enfant reste dans son milieu de vie habituel, n’est pas coupé de ses copains et de sa fratrie éventuelle, est stimulé ‘’vers le haut’’, peut progresser avec des soutiens adaptés à ses difficultés spécifiques.

Par ailleurs, si l’enfant a eu, comme Noémie, un parcours difficile, il faudra aussi lui rendre un sentiment de sécurité, l’aider éventuellement par une thérapie, afin de le rendre disponible aux apprentissages scolaires : avec trop de soucis et de perturbations psychologiques dans la tête, difficile se concentrer sur la scolarité… C’est là que la responsabilité des adultes est engagée, afin d’assurer à l’enfant un cadre de vie suffisamment stable et sécurisant pour lui donner l’envie d’aller explorer et ainsi apprendre le monde extérieur.

Votre enfant a besoin de soutien en classe ? Il pourrait peut-être bénéficier du programme inclusion, pour lequel LPO a reçu un subside de la fondation Reine Paola

Pour plus d’informations concernant le projet école inclusive pour l’accueil:

https://laporteouverteblog.wordpress.com/2015/09/24/ecole-inclusive-pour-laccueil/

 

 

Le point sur le statut des parents d’accueil

Une proposition controversée

Une proposition de loi modifiant le Code Civil en vue d’instaurer un statut pour les accueillants familiaux a été approuvée en première lecture à la Chambre en mars 2016 ; l’avis du Conseil d’Etat a été sollicité pour vérifier si le pouvoir fédéral était bien compétent en cette matière, s’il n’empiétait pas sur les prérogatives des Communautés. Le 30 mai dernier, le Conseil d’Etat a confirmé la compétence du fédéral en matière de droit civil, tandis que les Communautés le sont pour la politique de la famille et la protection de la jeunesse. Il estime que la proposition contribue à la continuité dans l’éducation de l’enfant, mais conseille de mieux définir les notions de garde matérielle et de garde juridique dans le cadre de l’autorité parentale ainsi que celle de « contact personnel » ; il suggère de donner des exemples.

Le texte va donc pouvoir passer en 2e lecture à la commission « justice » de la Chambre, avant d’être soumis au vote en séance plénière. La proposition continue à susciter de multiples réactions et même de nettes oppositions parmi les acteurs de l’Aide à la Jeunesse (professionnels ou associations). La crainte principalement exprimée est qu’un transfert de certains droits parentaux à la famille d’accueil pendant la durée de l’accueil ne fragilise l’autorité parentale des parents, alors même que l’accueil familial est, comme tout placement, une mesure provisoire dont l’objectif est le retour aussi rapide que possible de l’enfant auprès de ses parents dès que les conditions garantissant son bien-être sont à nouveau réunies.  Une autre critique exprimée concerne la possibilité pour la famille d’accueil, après un an minimum, de demander en justice le transfert d’autres droits et devoirs : le risque est alors de mettre parents et parents d’accueil en confrontation directe et de provoquer une grande méfiance des parents envers l’accueil familial.

Position des associations de familles d’accueil

Depuis une dizaine d’années, La Porte Ouverte et son homologue flamand VVP demandent qu’un statut soit accordé aux parents d’accueil pour leur permettre de prendre les décisions de vie quotidienne et les décisions urgentes (exs : sortie scolaire, week-end familial improvisé dans un pays voisin, soins médicaux ou dentaires…). Nous demandons aussi que les liens noués par l’enfant avec sa famille d’accueil soient respectés en cas de fin d’accueil, de sorte qu’il puisse garder des contacts si bien sûr c’est son intérêt et son souhait (de même que nous respectons ses liens avec sa famille : ainsi, il peut se construire dans une continuité de vie et non dans des ruptures). Par ailleurs, peut-être un statut, par la reconnaissance légale qu’il signifie, facilitera-t-il l’accès à certains droits reconnus aux autres parents comme par exemple l’accès au congé parental pour les familles d’accueil à moyen terme 2, de sorte que celles-ci puissent offrir à l’enfant une réelle disponibilité à certains moments-clés.

Nous ne sommes pas des juristes et ne sommes pas compétents pour proposer des formulations légales précises. Mais nous pouvons exprimer les principes directeurs qui nous semblent primordiaux :

– l’intérêt de l’enfant doit être au centre des préoccupations ; pour ne pas le coincer dans un conflit de loyauté, il faut rechercher au maximum un accord (sous forme de convention par exemple) entre parents et parents d’accueil, avec l’aide d’un professionnel ; rappelons de plus que chacun a le droit, prévu par le décret de mars 91, de se faire accompagner par la personne de son choix s’il a besoin de se sentir soutenu dans la négociation ;  des recours doivent être prévus en cas de désaccord ;

-les droits délégués à la famille d’accueil devraient idéalement découler d’une convention avec les parents comme dit ci-avant ; mais si c’est impossible, la délégation devrait être proposée sur base d’une analyse objective de la situation et des besoins de l’enfant par un professionnel tiers (le mandant, le Juge) et non demandé en justice par la famille d’accueil elle-même, pour éviter d’entrer en confrontation ;

– il est important également de veiller à une continuité dans la vie de l’enfant et donc, de respecter les liens avec sa famille comme les liens qu’il va nouer avec sa famille d’accueil (maintien des contacts avec la famille pendant l’accueil, avec la famille d’accueil après la fin de l’accueil, sauf si l’intérêt supérieur de l’enfant s’y oppose). Il est important aussi de veiller à une continuité éducative : la famille d’accueil tiendra compte des principes des parents si possible et on évitera de se critiquer les uns les autres.

Mettre l’enfant au centre, construire une coparentalité, respecter les liens affectifs: un leitmotiv depuis 20 ans !

Ces principes, La Porte Ouverte n’a pas cessé de les exprimer depuis sa création en 1996 !

Dès 1997 et la publication dans le n° 4 du journal de ses ‘’propositions d’amélioration de la prise en charge des enfants en famille d’accueil à moyen terme’’ (communiquées à tous les professionnels), notre ASBL  écrit ‘’Un esprit de collaboration et de complémentarité (et non de conflit de pouvoir ou de rivalité) est essentiel pour que priorité soit donnée à l’enfant lors des rencontres famille d’accueil, famille d’origine, instances officielles’’ (p.9). ‘’Si la famille d’origine peut évoluer mais qu’un éloignement de l’enfant est nécessaire, elle a le droit d’entendre clairement ce qui lui est demandé et d’être accompagnée tout au long du placement pour résoudre les problèmes qui ont amené celui-ci, pour maintenir des contacts chaleureux avec son enfant et pour ainsi préparer un retour dans de bonnes conditions ‘’ (idem p. 8). ‘’Nous demandons qu’en cas de retour en famille d’origine, l’enfant ait la possibilité, s’il le souhaite et si sa famille d’accueil est d’accord, de maintenir un lien avec celle-ci. Ainsi, l’enfant pourra se construire dans la continuité et non dans les ruptures’’ (idem p. 7). De même, dans l’édito du 3e trimestre 2002, on peut lire ‘’La Porte Ouverte a, dès le début, prôné de travailler dans le ‘’et’’ (complémentarité des rôles entre parents de naissance et d’accueil) et non dans le ‘’ou’’ (rivalité, exclusion de l’un ou l’autre suivant les moments)’’. ‘’L’enfant a besoin de ses deux familles pour se construire.’’ (journal n° 6 p. 10).

Concrètement, en 2000, La Porte Ouverte a participé à toute une réflexion avec le SAJ et le service de placement familial de Verviers pour tenter de créer un document ‘’contrat d’accueil’’ qui mentionnerait les raisons de la séparation enfant/famille, les objectifs du placement en accueil (buts à atteindre pour l’enfant, pour sa famille, organisation des contacts enfant-famille, attentes envers la famille d’accueil…), la durée prévisible du placement familial, les évaluations (au minimum annuelles) pour ajuster au mieux l’aide aux besoins de l’enfant…Ce type de document favoriserait une clarté, une transparence ; il aiderait chacun à mieux comprendre la décision prise,  les attentes envers chaque partie, et favoriserait une complémentarité dans l’intérêt de l’enfant. L’idée de convention était donc déjà bien présente…

Aujourd’hui, dans nos journaux, le terme « coparentalité« 3 a remplacé l’expression « la logique du ET ». Mais l’esprit est tout à fait le même. Nous sommes convaincus qu’un enfant se sentira mieux entre deux familles qui essayent de s’accorder sur l’essentiel dans son intérêt qu’entre des familles qui se critiquent et se déchirent. Qu’il se sentira plus ‘’entier’’ s’il peut garder le contact avec sa famille (quand il est placé) et avec sa famille d’accueil (en cas de retour en famille).

Un statut comme moyen de mieux répondre aux besoins de l’enfant

Des évolutions positives ont eu lieu, comme par exemple une meilleure écoute de l’enfant accueilli même avant ses 14 ans, une meilleure prise en compte des liens créés en famille d’accueil (en cas de retour en famille, les mandants sont plus nombreux à prévoir le maintien d’un contact avec la famille d’accueil). Mais cela fluctue en fonction du mandant… Par ailleurs, la vie quotidienne reste tout aussi compliquée lorsqu’il s’agit d’obtenir des autorisations officielles quand les parents sont difficiles voire impossibles à joindre. Certains enfants doivent renoncer à l’activité prévue car le délai est trop court ; d’autres attendent des mois une autorisation des parents pour des soins médicaux conseillés par le médecin  comme par exemple une opération des amygdales. Et l’accès au congé parental classique est toujours refusé aux parents d’accueil malgré toutes les démarches entreprises. Quant à l’écoute accordée aux familles d’accueil, elle fluctue elle aussi, rien n’est acquis car leur participation aux organes officiels n’est pas prévue formellement (contrairement à ce qui se passe en Flandre ou en Communauté germanophone).

Comment s’étonner dès lors que la création d’un statut légal dans le code civil soit apparue assez vite comme une manière efficace de pouvoir apporter des solutions à ces différentes situations, via une reconnaissance légale et certains droits de décision accordés aux parents d’accueil ?

Le statut est porteur de cet espoir d’un partage des rôles parentaux entre parents et parents d’accueil, de façon aussi négociée et respectueuse que possible, en tenant compte des possibilités plus ou moins grandes d’investissement de chacun et en recherchant une complémentarité ; partage dont l’enfant sortirait gagnant parce que son intérêt serait la boussole des adultes. Les parents aussi pourraient sortir gagnants: un statut permettant au parent d’accueil de prendre les décisions nécessaires pour l’enfant (après négociation avec les parents si possible) nous paraît une solution plus douce et plus  respectueuse des parents que le constat par un juge d’une impossibilité durable d’exercer l’autorité parentale ou la déchéance de l’autorité parentale…

 

1 Voir dossier complet sur la proposition d’un statut pour les parents d’accueil dans notre périodique n° 76 du 2e trimestre 2016, pp 8 à 11

2 Accès au congé parental pour les parents d’accueil in périodique de LPO n° 76, pp 12 à 14

3 Tendre vers une coparentalité si possible-Soutenir les parents in périodique de LPO n° 77 du 3e trimestre 2016, pp 9-10

 

 

 

 

 

 

Editorial

136 nouvelles familles d’accueil sélectionnées ou en voie de l’être depuis décembre 2015, contre 45  en 2014… Quelle magnifique nouvelle, qui nous parle de solidarité et d’ouverture, malgré une crise qui s’éternise et une ambiance générale morose !

Accueillir un enfant, c’est faire confiance à l’avance, sans le connaître, à ses potentialités et à notre capacité de l’accompagner pour le temps dont il aura besoin. C’est être solidaire de sa famille en difficulté pour l’élever et chercher une collaboration, une complémentarité chaque fois que c’est possible.

Ouvrir sa porte à un enfant, à un ado en souffrance, c’est découvrir son univers et s’en enrichir, c’est lui partager le nôtre, c’est permettre à nos enfants d’élargir leurs façons de penser et de voir le monde. C’est développer notre sensibilité, notre capacité de comprendre, de rassurer, d’inventer des solutions originales face à cet enfant qui souvent pense et agit autrement que nous parce qu’il a vécu ailleurs et a sa propre histoire. Nous le faisons grandir et il nous fait grandir !

Câlins, éclats de rire, jeux partagés, plaisir des découvertes…Ces bonheurs quotidiens feront équilibre avec les moments plus tendus, de chagrin ou de colère. Des liens affectifs forts se créeront au fur et à mesure de toutes ces belles expériences où l’enfant nous aura sentis à son écoute, capables de le soutenir dans ses moments de peur, de découragement, de doute sur sa valeur ou sur son avenir.

Soyons sûrs que, même si surviennent des moments très durs, des prises de distance et même des ruptures, le ‘’bagage’’ que nous lui aurons donné, il l’aura pour la vie. Se sentir aimé tel qu’on est, important aux yeux de quelqu’un qui croit en nous, c’est une expérience vraiment constructive que l’enfant, le jeune gardera au fond de lui quoi qu’il arrive. Les anciens enfants accueillis nous disent aussi que nous devons être exigeants au niveau scolaire pour les amener au mieux de leurs capacités. Là encore, nous leur donnons des outils pour construire leur avenir.

A La Porte Ouverte, nous sommes heureux de partager entre familles d’accueil tous ces moments heureux ou difficiles, nos découvertes et nos incertitudes. Nous voulons aussi continuer à relayer auprès des politiques et des professionnels vos demandes, vos propositions pour améliorer l’accueil familial : des congés parentaux pour se rendre disponibles à l’enfant, un accompagnement professionnel, la possibilité d’échanges avec d’autres familles d’accueil, des formations pour réfléchir ensemble sur certains thèmes, des stages pour souffler, des relais valables quand nous ne pouvons plus assumer l’enfant 24 h/24h, des aides inclusives pour maintenir notre enfant d’accueil dans l’enseignement ordinaire, une sécurité financière (des calculs clairs et corrects du taux d’entretien) pour consacrer un maximum de notre énergie à l’enfant …

Vous trouverez dans notre prochain périodique, qui paraîtra en juin :

-un dossier sur le bien-être à l’école ou comment réagir au harcèlement : des méthodes existent pour aider les enfants à trouver leurs propres solutions, l’adulte étant là essentiellement comme facilitateur des discussions et réflexions ;

-un regard sur les nouvelles méthodes de calcul du taux d’entretien (système de provision mensuelle, de frais complémentaires et ponctuels, etc) après un an de fonctionnement. N’hésitez pas à nous partager vos expériences positives ou négatives ainsi que vos suggestions d’amélioration, elles aideront d’autres familles d’accueil !

Bonne lecture ! Et très belles fêtes de fin d’année à chacun de vous !