Témoignage: réussite scolaire: le défi de Noémie

A tout juste 10 ans, Noémie est une fillette ouverte, en bonne santé, qui n’a plus peur.  Pleine de vie, elle sait exprimer ses sentiments et ses envies, a depuis 3 ans la même meilleure amie, apprécie aussi bien les amis de son grand-père paternel, chez qui elle vit, que les contacts avec son père, ses tantes et cousines et une partie de sa famille maternelle. Elle s’y retrouve dans sa situation familiale complexe et, là aussi, sait formuler ses désirs. En classe, elle est en 4e primaire, sait lire, connaît les centaines et les milliers ainsi que les opérations, commence à pouvoir résoudre des problèmes de niveau 4e.

Il n’en a pas toujours été ainsi… Si Noémie est aussi épanouie aujourd’hui, c’est parce que des adultes – famille ou professionnels – ont su prendre des décisions protectrices à son égard et ont cru en ses potentialités. C’est son évolution et les soutiens efficaces mis en place au fil du temps que son grand-père nous a expliqués lors de notre rencontre. Pour que d’autres enfants en difficulté, au lieu d’être redirigés trop vite vers l’enseignement spécialisé, puissent bénéficier des aides adéquates  leur permettant de se déployer.

Son grand-père nous explique que sa petite-fille a eu une enfance pas facile : élevée d’abord par ses parents, puis par sa mère après leur séparation, Noémie a vécu des moments très insécurisants quand sa maman l’enfermait seule dans le noir pour sortir, quand elle vivait avec un compagnon violent, ou avec quelqu’un ayant des projets dangereux, équivoques pour elle et sa fille… Finalement, sa maman la disant incontrôlable, la petite est retournée vivre chez son père, tout en rentrant chez sa mère un week-end sur deux. Mais sa maman ne l’amenait pas régulièrement à l’école alors qu’elle était en 1re primaire ; déjà en maternelle, sa fréquentation était très irrégulière.

Comme l’école fonctionnait par cycle de 2 ans, son institutrice a choisi de laisser passer Noémie en 2e année. La fillette étant tombée malade, son grand-père a été amené à la garder une semaine. C’est alors qu’elle a clairement demandé à s’installer chez lui : ‘’Tu as des valises, papy ? Oui ? Alors comme ça on va chez papa demain pour aller chercher mes affaires et m’installer ici’’. Noémie est donc restée chez son grand-père dès le 2e trimestre de sa 2e primaire, avec l’accord du papa, la maman n’étant pas contre (elle gardait de toute façon un week-end sur deux). Il faut dire que Noémie supportait mal la compagne de son père et a probablement apprécié la vie plus paisible qu’elle pouvait avoir chez son papy et sa grande disponibilité, étant le seul enfant là-bas.

Alors que Noémie vivait déjà depuis quelques mois chez son grand-père, lors d’un week-end chez la maman, un problème est survenu qui a entrainé l’intervention du Procureur du Roi, estimant sur base des nombreux éléments de son dossier que Noémie était en danger avec sa maman. Informé de la situation, le service d’aide à la jeunesse a alors officialisé la situation existante en demandant au grand-père de continuer l’accueil de la fillette âgée de 7 ans ; il a suspendu les contacts avec la maman, tout en demandant à son papy la mise en place d’un suivi thérapeutique . Au bout de 6 mois, la maman a demandé à la revoir, mais a reçu un refus sur base de la recommandation de la thérapeute, qui l’estimait inopportun à ce moment-là. Noémie elle-même disait : ‘’Si je vois ma maman, je m’enfuis’’.

Depuis, le SAJ a clôturé le dossier en actant que l’enfant reste domiciliée et à la garde exclusive de son grand-père et ce, sans contact avec la maman. Le suivi thérapeutique a duré trois ans avec un arrêt progressif, l’objectif étant de permettre à Noémie de continuer à grandir de façon autonome. Elle voit son papa très régulièrement ; toutes les fêtes de famille se passent ensemble chez la grand-mère paternelle. Depuis un an et demi, Noémie passe une nuit ou deux chez ses grands-parents maternels lors de chaque long congé scolaire ; pas plus, car elle a besoin de contacter son grand-père et devient difficile au-delà de deux nuits. Là-bas, elle peut rencontrer la jeune sœur de sa mère avec laquelle l’entente est très bonne et avec laquelle elle est très régulièrement en contact téléphonique.   Noémie a demandé à voir sa petite sœur (l’enfant que sa maman a eue avec son dernier compagnon). Les grands-parents lui ont proposé de rencontrer sa maman, qu’elle n’a plus vue depuis deux ans. Noémie refuse, ne se sentant pas encore prête.

On le voit, Noémie a des contacts positifs aussi bien avec son papa qu’avec sa famille maternelle ; elle connaît l’existence de sa petite demi-sœur (côté maternel)  ; elle connaît également ses petits demi-frères (côté paternel) puisque son papy s’en occupe de temps en temps et qu’il y a des réunions familiales. Elle a également toute une vie sociale grâce aux contacts avec sa meilleure amie, à ses activités de danse ou de piscine, aux moments chez les amis de son papy…

Bref, la petite fille très maigre, de santé fragile, très réservée, que son papy a accueillie il y a trois ans,  a récupéré une bonne santé, ose exprimer ses pensées et ses désirs, apprécie aussi bien l’attention individuelle qu’elle trouve chez son papy que toute une vie sociale ‘’où elle est princesse’’. Sans doute qu’être ainsi mise au centre de l’attention, avoir un lieu de vie et un attachement stables et fiables étaient des éléments essentiels pour que cette petite fille qui avait grandi avec beaucoup de peur et d’insécurité puisse se construire une confiance en elle et dans le monde qui l’entoure. Cela n’empêche bien sûr pas le papy de lui mettre les limites adaptées à son âge : être princesse signifie être importante, mais pas décider de tout !

Pour sa scolarité qui posait beaucoup de problèmes, le grand-père a mis en place une série d’aides. Mais si ces aides ont été particulièrement efficaces, c’est certainement parce qu’elles intervenaient dans un contexte où Noémie était assurée d’une vie stable chez son grand-père et où, d’autre part, elle avait l’occasion de travailler son ressenti en thérapie. Libérée de l’insécurité qu’elle avait connue pendant toute sa petite enfance, son esprit était donc disponible pour les apprentissages progressifs correspondant à l’évolution de son âge.

Quelles sont, concrètement, les aides dont Noémie a bénéficié pour sa scolarité ?

Comme dit plus haut, Noémie n’a pas réussi sa 1re année, mais est quand même passée en 2e année puisque l’école fonctionnait par cycle de 2 ans. C’est au 2e trimestre qu’elle a commencé à vivre chez son grand-père ; les premiers temps, elle hurlait quand il la laissait à l’école car elle avait très peur qu’il ne vienne pas la rechercher ou que sa maman ne vienne l’emmener de force. Elle a refait sa 2e année, est passée en 3e malgré ses difficultés. Un testing sollicité à ce moment par l’école a permis de savoir que Noémie était dyslexique et dyscalculique. L’école a pensé à une orientation vers un enseignement spécialisé de type 8, ce que le grand-père a catégoriquement refusé : il croyait dans ses capacités et ne voulait pas lui faire perdre ses condisciples, un cadre de vie dans lequel elle se sentait bien. Le grand-père a pu mettre en place des cours particuliers avec une institutrice (renseignée par le PMS) qui a revu avec Noémie la matière depuis la 1re primaire (lui permettant ainsi de reconstruire les bases) ; ce suivi continue chaque mercredi pendant une heure ainsi qu’une fois par semaine pendant les vacances scolaires. A cela s’est ajouté depuis un an un suivi logopédique une heure par semaine. Ce suivi a pour objectif de travailler ses difficultés spécifiques d’apprentissage découvertes grâce au testing. L’école a finalement accepté que, pour la rentrée en 4e primaire, Noémie bénéficie en plus d’un accompagnement pédagogique individuel en classe. Rappelons que cette mesure fait partie des ‘’aménagements raisonnables’’ auxquels tout enfant a droit pour se maintenir dans l’enseignement ordinaire, parmi ses condisciples. (cf le dossier de notre périodique n° 75 du 1r trimestre 2016). Très concrètement, le grand-père est passé par une ASBL qui a évalué les difficultés spécifiques et les besoins de la fillette ; à partir de là, une personne – formée en logopédie dans son cas – est présente auprès d’elle en classe pour la soutenir une matinée par semaine (au moment où l’institutrice prévoit de voir les matières plus compliquées pour Noémie comme les calculs, la conjugaison…). Les résultats sont tellement positifs que l’école a, depuis, demandé ce type d’encadrement pour un autre enfant deux demi-journées par semaine ! Toutes les personnes concernées se réunissent régulièrement pour faire le point et envisager la suite : la directrice de l’école, le directeur de l’ASBL assurant le suivi, l’institutrice, l’institutrice assurant les cours particuliers, la logopède, l’accompagnatrice en classe, le grand-père. Entretemps, ces personnes peuvent communiquer entre elles par mail pour, par exemple, convenir de travailler telle ou telle notion.

Le grand-père est ravi que l’institutrice chargée de dispenser des cours particuliers à Noémie s’occupe des devoirs, en donne pour la fois suivante, de sorte que lui n’ait plus qu’à ‘’compléter’’ pour les petites choses ; ainsi, il peut se consacrer à son rôle de grand-père et aux aspects plus éducatifs et affectifs.

Et Noémie, comment vit-elle toutes ces aides supplémentaires ? Ne se sent-elle pas ‘’envahie’’ ? En fait, elle le prend bien, d’une part parce qu’elle se rend compte que sa scolarité se passe mieux, d’autre part parce que l’organisation tient compte de son besoin de se détendre : l’institutrice vient le mercredi en début d’après-midi, de sorte que Noémie est tout à fait libre ensuite ; la logopède vient une heure à l’école juste à la fin des cours (et la reçoit à son domicile seulement pendant les vacances) ; l’accompagnatrice pédagogique intervient au sein de la classe. De plus, la fillette a bien accroché tant avec la logopède qu’avec l’accompagnatrice, dont elle a bien compris la mission.

En conclusion, l’orientation vers l’enseignement spécialisé n’est pas la seule voie possible lorsqu’un enfant a du mal à suivre en classe (même si cela peut être une solution appropriée pour certains). Il est important de faire un bilan pour cerner le plus précisément possible les difficultés de l’enfant et ses besoins, afin d’établir ensuite le programme qui l’aiderait le mieux. Les avantages d’un maintien dans le cursus ordinaire : l’enfant reste dans son milieu de vie habituel, n’est pas coupé de ses copains et de sa fratrie éventuelle, est stimulé ‘’vers le haut’’, peut progresser avec des soutiens adaptés à ses difficultés spécifiques.

Par ailleurs, si l’enfant a eu, comme Noémie, un parcours difficile, il faudra aussi lui rendre un sentiment de sécurité, l’aider éventuellement par une thérapie, afin de le rendre disponible aux apprentissages scolaires : avec trop de soucis et de perturbations psychologiques dans la tête, difficile se concentrer sur la scolarité… C’est là que la responsabilité des adultes est engagée, afin d’assurer à l’enfant un cadre de vie suffisamment stable et sécurisant pour lui donner l’envie d’aller explorer et ainsi apprendre le monde extérieur.

Votre enfant a besoin de soutien en classe ? Il pourrait peut-être bénéficier du programme inclusion, pour lequel LPO a reçu un subside de la fondation Reine Paola

Pour plus d’informations concernant le projet école inclusive pour l’accueil:

https://laporteouverteblog.wordpress.com/2015/09/24/ecole-inclusive-pour-laccueil/

 

 

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