Reactions au Code

L’accueil familial dans l’avant- projet de Code

Definition- texte sur l’accueil familial -participation

  1. Définition : plus des familles ?

Dans l’avant-projet de code, la définition du parent d’accueil est reprise du décret de 91 exactement dans les mêmes termes, mais on parle d’accueillant et non plus de famille d’accueil ; l’accueillant est donc ‘’la personne qui assume volontairement, dans le cadre d’une mesure d’aide spécialisée, l’hébergement d’un jeune à l’égard duquel elle ne dispose pas de l’autorité parentale’’.

Il est déjà difficile pour les personnes extérieures de comprendre ce qu’est une famille d’accueil. Parler d’accueillant(e) risque d’ajouter encore à la confusion, car les personnes qui accueillent des très jeunes enfants pendant que leurs parents travaillent sont aussi appelées accueillantes… De plus, cela donne à la démarche d’accueil un côté neutre, presque professionnel, alors que le terme ‘’famille d’accueil’’ évoque bien le lien à la fois éducatif et affectif qui va se créer.

Parler de famille d’accueil évoque bien ce que les adultes décideurs souhaitent offrir à l’enfant, au jeune pour lequel est décidée cette mesure d’aide spécialisée : la possibilité de grandir dans une famille le temps nécessaire en fonction de chaque situation particulière. Ceci en conformité avec la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui prévoit que tout enfant a le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux ; mais, quand ce n’est pas possible ou pas dans son intérêt, les Etats doivent organiser pour lui une autre solution, de préférence familiale (art.20 de la CIDE), dans une famille proche ou extérieure. Les mots ‘’famille d’accueil’’ ou ‘’parent d’accueil’’ quand un enfant ne peut malheureusement pas être pris en charge par ses parents. Ils correspondent à la réalité de ce qu’on veut lui proposer et de ce qu’il va vivre. L’accueil ne consiste pas uniquement à assumer l’hébergement d’un jeune, c’est très réducteur. Notre rôle signifie bien plus que d’assurer à un enfant  le gîte et le couvert

La définition donnée dans l’arrêté du gouvernement relatif aux services de placement familial qui devait entrer en vigueur en 2016 mais a été reporté contenait pourtant  bel et bien cette notion:’accueil familial :dispositif d’accueil bénévole d’un jeune par un particulier qui est soit le parent d’accueil visé à l’article 1er, 5°, du décret, soit le parrain dans le cadre d’un parrainage. Cet accueil vise la construction d’un lien affectif entre le particulier et le jeune avec pour objectif le développement harmonieux et l’épanouissement du jeune, tout en respectant la place de ses parents ou autres titulaires de l’autorité parentale à son égard dans l’exercice de cette dernière’’

Un lien affectif stable (avant tout un lien de confiance, de fiabilité) est indispensable pour aider l’enfant qui en a manqué à se reconstruire et à progresser (cf la théorie de l’attachement et les recherches sur les conditions de la résilience).  Créer un lien affectif ne signifie pas que ce lien sera exclusif : aimer et accompagner un enfant, c’est aussi respecter ses racines, les liens affectifs noués avant l’accueil parce qu’ils font partie de lui, et donc ne pas le mettre dans un conflit de loyauté où il y aurait rivalité entre ses parents et sa famille d’accueil…

’sans exercer l’autorité parentale’’ ; la famille d’accueil est là  pour suppléer aux aspects qu’ils ne savent pas assumer envers leur enfant pour diverses raisons.  La Porte Ouverte demande qu’à travers un statut du parent d’accueil, les décisions de vie quotidienne soient facilitées, tout en  précisant que, dans toute la mesure du possible, elles feront l’objet d’un accord entre les parents et la famille d’accueil lors de la décision d’accueil familial. Mais tous les parents ne sont pas présents à ces rencontres, certains sont injoignables, d’où l’utilité d’un statut permettant de prendre soin de l’enfant sans démarches lentes et complexes qui retardent la mise en place de ce qui est nécessaire pour lui (choix d’une école, thérapie, soins médicaux, voyage scolaire…).

  1. A quand un texte centré sur l’accueil familial comme dans les deux autres communautés belges?

La grosse déception ressentie à la lecture du code, c’est de constater que, comme dans le décret de 91,  l’accueil familial n’existe presque pas dans le texte : on doit ‘’bricoler’’ au quotidien à partir de règles qui sont pensées pour l’institutionnel et qui méconnaissent la spécificité de cette forme d’aide. L’accueil familial, avec ses presque 3800 enfants accueillis, représente pourtant plus de 40 % des placements en dehors du milieu familial.

Nous attendons un texte qui envisage l’accueil familial comme une solution constructive  pour un enfant (sur base d’une évaluation de ses besoins) et non comme la conséquence de l’échec du travail avec ses parents. A partir de ce regard positif, il sera plus facile de considérer les parents d’accueil comme des partenaires, de respecter ce que les parents désirent et peuvent apporter à leur enfant, bref d’organiser une co-parentalité (validée par les mandants) qui limitera au maximum pour l’enfant les conflits de loyauté et qui lui permettra de profiter des bonnes choses que chacune de ses familles peut lui apporter.

Pour cela bien sûr, les bonnes intentions ne suffisent pas, les choses doivent être formalisées, des moyens doivent être mis en place. Par exemple : tenter d’établir un ‘’contrat’’ entre parents et parents d’accueil dès le début de l’accueil,  tenant compte des désirs et des limites de chacun  ; organiser les contacts avec les parents (accès à son histoire et aux raisons de son placement, liens affectifs) de façon suffisamment sécurisante ; prévoir des formations pour les parents d’accueil (décodage, échanges, conseils…) ; soutenir les parents (deuil douloureux, nouvelle place à trouver, peur d’être mal jugés, de perdre l’affection de l’enfant…) ; groupes de parole pour enfants, pour parents, pour parents d’accueil, avec comme support une activité si nécessaire ; suivi professionnel accessible à tous alors qu’actuellement, la moitié des familles, surtout des FA élargies, ne sont pas suivies ; comment dès lors s’étonner des ‘’breakdown’’, des appels à l’aide adressées par ces familles élargies à notre cellule Ecoute ? – durée des mesures centrée sur les étapes de développement de l’enfant au lieu d’être fixées de façon rigide par des délais réglementaires (actuellement : un an maximum renouvelable) ; accès au congé parental ; reconnaissance sociale de cette démarche de solidarité qu’est l’accueil – etc.

Une attention particulière doit être accordée aux très jeunes enfants (0-3 ans), sachant l’importance du démarrage dans la vie et sachant que le temps des enfants n’est pas celui des adultes : certains acquis manqués à l’âge adéquat seront irrécupérables. Comme leur assurer la sécurité affective et la stabilité indispensables à leur bonne évolution ?

Il faut aussi oser voir que certains enfants auront besoin à long terme d’une solution alternative à la vie chez leurs parents, et leur garantir une stabilité, un « accueil avec perspective’’.

  1. La Participation

N’est-il pas paradoxal d’affirmer que le placement familial doit être choisi prioritairement en cas de placement et, d’autre part, de ne donner aucune place permanente à une réflexion sur l’accueil et à l’écoute des familles d’accueil ?

La participation prévue pour les familles d’accueil dans la proposition de Code qui va remplacer le décret de l’Aide à la Jeunesse en FWB, c’est quoi?
Une participation
-indirecte via les professionnels (services de placement)
-limitative : uniquement pour 50% des familles encadrées.
-locale : les familles d’accueil et même La Porte Ouverte, la seule organisation de FWB de la société civile, n’ont pas les ressources ni le temps de participer bénévolement à des conseils locaux ou d’arrondissement.

Bon nombre de familles d’accueil sont déjà épuisées par les démarches administratives, la combinaison d’une vie professionnelle et la volonté de maintenir un niveau de vie qualitatif en temps de crise. Ne pas impliquer certains portes –paroles pourrait fortement les décourager et rajouter à l’incompréhension de nos familles qui ne sont pas toujours suffisamment soutenues et dont les enfants sont encore trop souvent ‘stigmatisés’ ou ‘victimisés’.

Il est important de rappeler que si la pauvreté touche les parents d’enfants placés, elle touche également les familles d’accueil qui font partie du même milieu ‘élargi’.

En Fédération Wallonie Bruxelles, 70% des familles font partie du réseau de l’enfant (20% de plus qu’en Flandre). Mais ces familles élargies prioritaires dans la proposition de code, le sont déjà à l’heure actuelle. Il conviendrait plutôt de leur permettre d’être encadrées

Il nous semble primordial que la pauvreté ne soit pas un facteur qui nuise au bien -être et au développement de l’enfant accueilli quel que soit son milieu de vie.

Pour une belle participation il faut que la diversité de nos familles solidaires soit adressée, il faut une représentation de nos jeunes de l’accueil pas uniquement leurs avocats, des parents et des familles d’accueil.

C’est un dialogue qui doit être prévu, un dialogue autour des enfants et des jeunes et de leurs projets de vie mais aussi une vision du futur de l’accueil à construire ensemble aux côtés des professionnels.

La totalité de nos recommandations pour l’accueil se trouvent ici